
AVIS D'EXPERT | Alexis Jouan | Publié le 02 Février 2026
Services aux entreprisesLes comptatech bousculent la comptabilité traditionnelle en automatisant la production comptable et en fluidifiant les échanges entre entreprises et experts-comptables. Après une phase d’hypercroissance portée par des levées de fonds record, elles font face à une contraction des financements, à la pression sur la rentabilité et à la montée en puissance des cabinets qui développent leurs propres outils numériques, redistribuant les équilibres du secteur.
Les comptatech regroupent les entreprises technologiques qui conçoivent des solutions destinées à digitaliser la production comptable et les traitements associés. Elles couvrent un large périmètre d’actions : tenue comptable, automatisation documentaire, synchronisation bancaire, gestion du cycle de vie des factures et génération d’états comptables et fiscaux. Leur objectif est d’améliorer la productivité, de renforcer la fiabilité des données et de fluidifier la collaboration entre les entreprises, leurs équipes financières et les cabinets comptables.
Selon l’Observatoire des Techs de la Profession Comptable, l’écosystème technologique lié à la comptabilité compte plus de 260 entreprises réparties en neuf catégories, dont la comptatech, la pré-comptabilité, la trésorerie, le reporting financier et ESG/RSE, les ressources humaines, la legaltech, l’audit et la gestion interne. Dans ce paysage, environ 50 sociétés peuvent être classées comme comptatech. Elles regroupent à la fois des éditeurs historiques (Cegid, Sage, RCA, EBP, Septeo) et des acteurs récents nativement SaaS tels que Pennylane, Indy, MyUnisoft, Fulll ou Teogest.
L’offre comptatech repose sur des segments clés : automatisation de la production comptable, reconnaissance automatique des documents (OCR), pré-production des écritures, calcul automatisé de la TVA, gestion multi-flux ou intégration bancaire. Ces solutions se distinguent par leur niveau d’automatisation, leur ouverture via API et leur capacité à s’intégrer aux systèmes déjà utilisés par les cabinets et les entreprises.
L’intelligence artificielle joue désormais un rôle clé dans l’évolution des comptatech. Elle permet d’automatiser plus rapidement des tâches chronophages comme la reconnaissance et l’extraction de données, la classification des factures, le rapprochement bancaire ou la détection d’anomalies. Les comptatech utilisent l’IA pour améliorer la qualité des données, réduire les erreurs et accélérer les processus, ce qui renforce leur position dans la transformation numérique du marché de la comptabilité.
Enfin, les comptatech élargissent progressivement leur offre pour proposer des solutions plus complètes. C’est notamment le cas de Pennylane qui intègre comptabilité, facturation, paiements et gestion financière dans un même environnement afin de réduire la fragmentation des outils.
Entre 2016 et 2022, les comptatech et autres start-up gravitant autour de la comptabilité ont connu une forte hausse des fonds récoltés, mais en 2023-2024, ces levées de fonds ont nettement chuté. La hausse des taux d’intérêt et le ralentissement des investissements en private equity (https://www.xerfi.com/presentationetude/Le-marche-du-capital-investissement_ABF09) ont marqué la fin de l’ère de « l’argent facile ». Le capital-risque, devenu plus prudent et sélectif, privilégient maintenant les start-up axées sur la rentabilité plutôt que sur une hypercroissance. Ainsi, les comptatech n’ont levé que 159 M€ en 2024, un recul significatif par rapport aux 928 M€ de 2022 et aux 427 M€ de 2021. Au 1er semestre 2025, les montants levés ont été principalement portés par Pennylane, qui a réuni 75 M€. À l’inverse, seules quelques opérations de moindre envergure ont été enregistrées, comme celle de Sesha en juin 2025 pour 2,6 M€.
Les cabinets comptables internalisent des briques technologiques
À noter que des cabinets souhaitent davantage investir le champ des logiciels comptables. Certains, désireux d’indépendance économique et échaudés par les hausses tarifaires des éditeurs ces dernières années, choisissent en effet de développer ou de co-développer des outils numériques. Le groupe Cogedis a par exemple mis en place un outil d’IA capable de reconnaître les factures, de les lire ligne par ligne et de les affecter ensuite au bilan, soit un gain de temps de 30% à 55% selon le cabinet, tandis que Deloitte développe, en partenariat avec NVIDIA, une suite d’IA à destination de ses clients, notamment pour la comptabilité prédictive. Cette situation créée donc un risque de désintermédiation au détriment des comptatech.
Une comptatech est une entreprise technologique spécialisée dans la digitalisation des processus comptables. Elle automatise la tenue comptable, la gestion des factures, la synchronisation bancaire ou encore la génération d’états fiscaux, permettant un gain de productivité, une réduction des erreurs et une meilleure collaboration entre les parties prenantes.
L’IA permet d’automatiser des tâches chronophages comme l’OCR, la catégorisation des dépenses, le rapprochement bancaire ou la détection d’anomalies. Elle améliore la fiabilité des données, accélère les traitements et soutient la montée en puissance de la comptabilité prédictive.
La fin des taux bas et la prudence accrue du capital-risque ont freiné les financements. Les investisseurs privilégient désormais la rentabilité à court terme, ce qui pénalise les modèles axés sur la croissance rapide. Le marché est entré dans une phase de consolidation.
De plus en plus de cabinets développent leurs propres solutions numériques, soit en interne, soit via des partenariats technologiques. Cette stratégie vise à renforcer leur indépendance et à réduire leur dépendance aux éditeurs tiers, créant un mouvement de désintermédiation.
Le marché se dirige vers une concentration autour d’acteurs capables d’offrir des solutions intégrées et interopérables. L’IA, les API et les outils de gestion unifiée seront les leviers clés pour répondre aux besoins croissants des entreprises en matière d’agilité financière et de conformité.
Les leviers pour stimuler l’activité des cabinets et tirer parti de l’intelligence artificielle
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Directeur d’études chez Xerfi depuis 2019, Alexis Jouan est spécialiste des
services aux entreprises et des écosystèmes numériques. Il décrypte les
mutations qui redéfinissent ces marchés : nouvelles formes
d’externalisation, développement des offres digitales, essor du cloud et des data centers,
montée en puissance de la cybersécurité, évolution du travail flexible ou
diffusion des solutions SaaS. Ses travaux couvrent également l’expertise
comptable, la formation professionnelle, le recrutement et l’intérim.
Il pilote des études stratégiques mobilisant prévisions, analyses
concurrentielles, benchmarks technologiques et diagnostics financiers. Ses
travaux aident les dirigeants à anticiper les mutations sectorielles, évaluer
les risques, orienter leurs investissements et ajuster leurs stratégies face
aux recompositions des priorités des entreprises clientes.
Au sein du
bureau d’études, Alexis assume également des responsabilités transversales :
veille sur les services BtoB, accompagnement méthodologique des analystes et expérimentations
sur de nouveaux outils. Il conçoit et supervise par ailleurs des enquêtes
quantitatives et des entretiens terrain, essentiels pour appréhender
l’évolution des usages et des pratiques dans les organisations.
Diplômé de
Sciences Po Strasbourg, il mobilise une approche analytique et rigoureuse
héritée de son parcours en stratégie pour éclairer les transformations à
l’œuvre dans les services et le numérique.
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