Le marché du recyclage des batteries de véhicules électriques (VE) et véhicules hybrides rechargeables (VHR) s’annonce exponentiel. Avec l’essor de la fabrication de VE et sur la base d’une durée de vie moyenne des batteries de 10 ans, les volumes de batteries à recycler ou à réemployer vont exploser à partir de 2027. C’est d’autant plus vrai que les entreprises du secteur sont confrontées à des durcissements réglementaires contraignants. Il va également falloir collecter et traiter les rebuts des gigafactories, de plus en plus nombreuses en Europe. De quoi inciter les acteurs de la filière auto à prendre position dès maintenant pour mettre la main sur ce marché prometteur. Les constructeurs, les fabricants de batteries et les spécialistes du recyclage sont dans les starting-blocks, à l’instar de Renault avec la création d’une entité dédiée à l’économie circulaire baptisée « The Future is neutral ».
Les enjeux sont en effet majeurs, à la fois en termes environnementaux, de souveraineté (récupération de matériaux critiques) et de gains économiques. En Europe, la réglementation va ainsi imposer à compter de 2027 un seuil maximal d’empreinte carbone pour les batteries, un taux minimum de recyclage pour le lithium et le cobalt de respectivement 50% et 90% et à partir de 2031 un taux minimum d’incorporation e matières recyclées (6% pour le lithium et le nickel, 16% pour le cobalt).
Réemployer les batteries avant de recycler
Avant de recycler une batterie, il peut sembler pertinent de la réemployer. Pionniers des VE (Renault, Nissan, Tesla, etc.), les constructeurs auto ont multiplié ces dernières années les expérimentations de réemploi des batteries en fin de vie de leurs véhicules. Car si une capacité de charge limitée à 70% est handicapant pour une voiture, les batteries peuvent avoir des applications stationnaires (stations de recharge, modules pour l’habitat, systèmes d’équilibrage des réseaux, etc.). Pour autant, le développement de l’usage massif des batteries de réemploi sera compromis si le coût des batteries neuves est moindre que celui de celles de seconde main, si le gisement de batteries usagées est insuffisant et sans un cadre réglementaire adapté.
Des investissements conséquents
Les constructeurs auto et les fabricants de batteries se préparent également au durcissement annoncé de la réglementation. Les acteurs de la filière auto et des opérateurs connexes entendent de fait investir massivement dans le recyclage. Stellantis et Oranbo ont ainsi conclu un accord en octobre 2023 pour créer une coentreprise de démantèlement de batteries et de production de black mass.
Renault, Veolia et Solvay se sont associés en mars 2021 pour recycler les batteries de VE. La construction d’une unité de recyclage d’une capacité de 10 000 tonnes par an, opérationnelle en 2023, a été retenue par un appel à projets du plan France 2030. Une seconde unité, trois fois plus importante, pourrait voir le jour d’ici 2028.
Suez et Eramet ambitionnent pour leur part de mener à bien le projet ReLieVe. En vertu de leur accord en date de mai 2021, ces deux acteurs ouvriront en 2025 un site dédié au démantèlement et au broyage des batteries pour produire entre autres de la black mass. De son côté, le groupe minier Eramet développe un procédé hydrométallurgie pour récupérer des matériaux de la black mass. Le site pilote est entré en activité l’an dernier et l’industrialisation est attendue vers 2030.














