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L’Agritech à la rescousse du monde agricole ?

AVIS D'EXPERT | Alexandre Boulegue | Publié le 23 Février 2026

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Portée par le soutien des pouvoirs publics et les innovations des fabricants d’engins, la transition vers l’agriculture 4.0, aussi appelée Agritech ou agriculture numérique, est engagée dans la plupart des puissances agricoles mondiales. Elle découle de la combinaison de plusieurs évolutions technologiques majeures dans le domaine des équipements (solutions de mobilité, robots et drones, capteurs connectés…) et dans celui des logiciels (cloud, big data, intelligence artificielle…). L’agriculture 4.0 ambitionne d’améliorer l’efficacité et la productivité agricole grâce aux dispositifs de guidage et de surveillance des nouveaux engins, au déploiement massif de capteurs dans les exploitations et les champs mais aussi via la collecte et la valorisation de données grâce à des outils numériques. L’automatisation et la robotisation croissante de l’agriculture, piliers du smart farming, permettent par ailleurs de réduire les coûts et l’impact environnemental des installations en optimisant l’utilisation des ressources (eau, énergie, engrais, etc.). L’agritech s’impose ainsi comme un levier clé de transformation du secteur agricole.

 

À l’échelle mondiale, les systèmes de guidage GPS avec contrôle automatique et les capteurs de rendement sont les solutions d’agriculture de précision les plus présentes dans les exploitations agricoles. Ils sont désormais considérés comme des équipements standards sur les nouvelles machines (tracteurs, moissonneuses, etc.). La pulvérisation automatique et le contrôle automatisé des semis sont aussi très présents. Les technologies les plus récentes, dont les capacités ne sont pas encore pleinement éprouvées (imagerie par drone, capteurs de sol, robots autonomes, etc.), ferment la marche avec des taux d’adoption inférieurs à 10%, illustrant un marché de l’agritech encore en phase de diffusion.

 

D’après un sondage de l’Institut Ipsos, 86% des agriculteurs français ont déclaré avoir adopté au moins une innovation agricole en 2023 et 2024. Cela recouvre l’adoption de nouvelles pratiques culturales comme les méthodes de conservation des sols. En moyenne, les exploitants ont eu recours à près de trois innovations. Aucune d’entre elles n’est adoptée de façon massive par l’ensemble des agriculteurs et les innovations issues de l’écosystème agritech, comme les agroéquipements connectés ou les solutions génétiques, se diffusent lentement (moins de 20%). Les freins financiers en général, et le coût initial élevé ainsi que la longueur des délais de retour sur investissement en particulier, constituent les principaux freins au développement du marché de l’agritech.

 

Les coopératives sont des acteurs clés pour diffuser les outils technologiques et les solutions d’agriculture de précision auprès des exploitants. L’une des plus avancées en la matière est InVivo, qui dispose notamment d’une filiale dédiée à ses solutions d’agriculture de précision (Be Api). Les offres développées par Be Api sont déployées auprès des adhérents d’autres coopératives, comme Agrial. Pour renforcer leur offre d’accompagnement dans la transition numérique et environnementale, certaines coopératives font le choix des partenariats ou de la croissance externe. Cérèsia a par exemple investi dans la start-up Cyclair pour adapter le robot de désherbage aux conditions pédoclimatiques et de production de ses adhérents, illustrant la montée en puissance des alliances entre acteurs historiques et startups de l’agritech.

  

Des plans et des milliards pour accélérer la « troisième révolution agricole »

France 2030 prévoit d’investir plus de 2,3 milliards d’euros pour l’ensemble de sa stratégie agricole, contribuant ainsi au développement du marché français de l’agritech. Une partie de cette enveloppe est dévolue à l’acquisition par les agriculteurs de matériels innovants afin d’améliorer le rendement des cultures, de limiter l’empreinte environnementale de la profession et d’assurer le bien-être des animaux. Plusieurs dispositifs et fonds de soutien à l’investissement ont été lancés récemment. C’est le cas par exemple :

  • de l’appel à projets Vitilience. Celui-ci vise la mise en place de démonstrateurs viticoles favorisant l’adoption de pratiques et de systèmes résilients au changement climatique. Ce dispositif, qui s’inscrit dans le cadre du Programme national de développement agricole et rural (PNDAR), a notamment pour objectif d’identifier et de caractériser les solutions systémiques innovantes. Il est porté par FranceAgriMer qui apporte une aide de 10 000 à 244 000 euros par bénéficiaire avec un taux d’intervention compris entre 20% et 100% ; 
  • des deux guichets d’aide à l’investissement dans les agroéquipements pour la filière fruit et légumes. Lancés en juillet 2024 et dotés respectivement de 20 millions d’euros et près de 8 millions, ils doivent permettre de financer des matériels d’irrigation performants, des matériels de lutte contre les aléas climatiques et des matériels de récolte comme des plateformes électriques d’assistance à la cueillette ; 
  • de l’appel à projets régional pour l’aide aux investissements sur des infrastructures hydrauliques agricoles. Il cible entre autres les agriculteurs exploitants, les structures collectives de regroupement d’agriculteurs et les coopératives d’utilisation de matériel agricole, ainsi que les investissements destinés exclusivement à l’irrigation des parcelles, et permet de financer entre autres l’utilisation de logiciels.

 

En septembre 2023, l’Inrae et RobAgri ont lancé le Grand Défi Robotique Agricole. Doté de 22 millions d’euros, il doit permettre de financer sur cinq ans la recherche dans le domaine de la robotique agricole, notamment pour réduire l’usage des intrants tout en améliorant la protection des plantes et les rendements des parcelles. Le Grand Défi Robotique Agricole s’appuie sur la plateforme d’innovation de l’AgroTechnoPôle sur le site d’Inrae à Montoldre (03), dont les travaux ont débuté en 2023. Il associe la recherche publique et les entreprises autour de la conception, de l’utilisation et de l’expérimentation en conditions réelles de robots agricoles avec pour objectif le lancement de nouveaux modèles.

 

Rappelons également que les pouvoirs publics ont lancé le 30 août 2021 la « French Agritech » pour faire de la France le fer de lance de l’innovation dans le domaine de l’agriculture et de l’alimentaire. Ce dispositif s’inscrit dans le cadre du 4e Programme d’investissement d’avenir (PIA 4) et doit permettre de mobiliser près de 200 millions d’euros grâce à deux appels à projets, dotés chacun de 90 millions sur cinq ans. L’un d’eux, baptisé « Innover pour réussir la transition agroécologique », concerne les fabricants de matériel agricole. Il prévoit de soutenir le développement des équipements intelligents et connectés afin de remplacer ou de limiter le recours aux intrants d’origine fossile ou de synthèse. La mise en place de ce dispositif permettra de soutenir durablement l’écosystème de l’Agritech et de la Foodtech et de renforcer la compétitivité du marché de l’agritech en France.

  

FAQ – Marché de l’Agritech

1. Qu’est-ce que l’agritech ?

L’agritech regroupe les technologies appliquées à l’agriculture : robotique agricole, capteurs, drones, logiciels d’analyse de données et équipements connectés. Elle constitue le socle de l’agriculture 4.0 et de l’agriculture numérique.

2. Où en est le marché de l’agritech en France ?

Le marché de l’agritech progresse mais reste inégalement diffusé. Les technologies matures comme le guidage GPS sont largement adoptées, tandis que les robots autonomes et les solutions avancées affichent encore des taux de pénétration limités.

3. Quelles sont les principales technologies de l’agriculture de précision ?

Le guidage GPS automatisé, les capteurs de rendement, la pulvérisation intelligente et les outils d’aide à la décision basés sur l’intelligence artificielle figurent parmi les solutions clés de l’agriculture de précision.

4. Quels sont les freins au développement de l’agritech ?

Le coût initial élevé des équipements et l’incertitude sur le retour sur investissement constituent les principaux freins au développement du marché de l’agritech.

5. Comment l’État soutient-il la filière agritech ?

Des dispositifs comme France 2030, le Grand Défi Robotique Agricole et la French Agritech financent l’innovation et les équipements intelligents afin d’accélérer la transition agroécologique.

 

POUR APPROFONDIR LE SUJET
La transition numérique et écologique de l'agriculture

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Directeur du bureau d’études, Alexandre Boulegue pilote depuis plus de quinze ans la production économique et sectorielle du groupe. Il supervise une équipe d’analystes, organise la couverture annuelle de plusieurs centaines de marchés, et garantit la cohérence méthodologique des analyses, des prévisions et des indicateurs mobilisés. Son rôle éditorial est central : il définit les priorités thématiques, sélectionne les sujets à fort enjeu pour les organisations et qualifie les signaux faibles qui méritent d’être transformés en scénarios d’action pour les dirigeants.

En tant que manager du bureau d’études, il intervient à toutes les étapes de la réflexion : cadrage des problématiques, construction des grilles d’analyse, orientation des scénarios et formalisation des recommandations. Son expertise porte avant tout sur la stratégie d’entreprise, l’analyse des modèles économiques, l’évaluation des leviers de performance et l’aide à la décision dans des contextes incertains. Il est également rédacteur en chef d’une lettre mensuelle de conjoncture et intervient régulièrement dans des formats vidéo pédagogiques, où il partage des clés de lecture sur le management, l’organisation et les mutations économiques.

Titulaire d’un master en expertise et intelligence économique, Alexandre Boulegue s’attache à transformer la complexité économique en outils d’aide à la décision clairs, rigoureux et directement exploitables par les entreprises.


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