Le marché des compléments alimentaires fait preuve d’une remarquable résistance aux fluctuations économiques. La crise sanitaire a bien sûr eu un effet accélérateur en incitant davantage de Français à prendre soin de leur santé avec des solutions naturelles. Mais surtout, la nutrithérapie est parvenue à se détacher de la traditionnelle cible de la mère de famille prescriptrice sous l’effet de la multiplication des gummies, qui promettent d’allier santé et plaisir. Leur succès est toutefois terni par des critiques croissantes sur leur composition et leur efficacité. Les marques doivent donc innover pour maintenir leur attractivité face à des consommateurs de plus en plus exigeants.
˜ 100 M€
La taille estimée du marché des gummies en pharmacie et parapharmacie.
70 mg contre 600 mg
La capacité approximative d’une gomme en ingrédients actifs, contre une gélule classique.
Les gummies sont en réalité l’une des manifestations les plus visibles d’un mouvement plus large de « foodification » des compléments alimentaires. Au-delà des ingrédients, les laboratoires cherchent en effet à renouveler leur offre par l’innovation galénique, afin de rendre la prise plus simple, plus agréable et plus compatible avec les habitudes quotidiennes. Les compléments adoptent ainsi les codes, les textures et les saveurs de produits alimentaires, dans une logique qui associe bénéfices santé et plaisir de consommation.
Estimé à près de 100 millions d’euros en pharmacie et parapharmacie, le marché des gummies a ainsi longtemps enregistré des taux de croissance élevés. Leur caractère ludique, leur facilité d’utilisation et leur proximité avec la confiserie ont également favorisé le réachat. La majorité des leaders du marché, dont Arkopharma, PiLeJe ou Havea Group, proposent désormais une offre couvrant la plupart des promesses. Certains ont également investi dans des DNVB spécialisées afin de capitaliser sur des marques à forte notoriété. C’est le cas de Cooper Consumer Health, qui a racheté Lashilé Beauty fin 2021, ou d’Havea, qui a mis la main sur Bears with Benefits un an plus tard.
Les marques cherchent la parade pour rendre les gommes plus « healthy »
Le succès des gummies ne doit pas masquer les critiques et controverses dont ces produits font l’objet, en particulier du côté des professionnels de santé. Leur proximité avec la confiserie constitue à cet égard une force autant qu’une faiblesse. Elle facilite leur adoption, mais peut aussi brouiller leur statut et les faire apparaître comme des produits anodins, avec un risque de banalisation ou de surconsommation.
Ces gommes sont également régulièrement décriées pour leur teneur en glucose ou en saccharose, sans intérêt nutritionnel. Leur efficacité est aussi remise en cause en raison des contraintes propres au format. Une gomme ne peut en effet contenir qu’environ 70 mg d’ingrédients actifs, contre près de 600 mg pour une gélule classique. Cette capacité limitée complique l’intégration de dosages élevés ou d’associations complexes d’actifs et oblige les marques à travailler davantage sur la concentration, la stabilité et la biodisponibilité des formules.
Les fabricants ont donc engagé des réflexions pour réduire les apports glucidiques de leurs gummies, voire supprimer les sucres. UPSA commercialise ainsi depuis 2023 des gummies « sans sucres » reposant sur une technologie brevetée d’encapsulation en plusieurs couches, destinée à associer différents actifs tout en limitant leurs interactions. Mium Lab a pour sa part développé une gamme vegan fabriquée en France, dans laquelle le sucre est remplacé par du maltitol. De même, Santarome propose des gummies sans sucres sur plusieurs promesses, comme la beauté des cheveux, la qualité du sommeil ou la gestion du stress.
Mais la réponse des marques ne se limite plus à alléger les recettes. Elle consiste également à proposer des formules plus ciblées et plus techniques. Mium Lab a ainsi lancé des gummies probiotiques associant cinq souches de ferments lactiques, des probiotiques vivants et tyndallisés et de la vitamine B12. Selon son fondateur, le produit a nécessité plusieurs années de développement, ce qui témoigne des difficultés à intégrer des ingrédients sensibles dans une gomme tout en préservant leur stabilité.
D’autres acteurs cherchent à se différencier par des associations plus complexes d’actifs. Naali propose par exemple des gummies capillaires combinant du safran, de l’AnaGain™, de la biotine, du zinc et du sélénium. La valeur ne repose alors plus uniquement sur le caractère ludique ou gourmand du format, mais sur la spécificité de la formule, la sélection des ingrédients et la capacité à étayer les bénéfices avancés.
Le marché des gummies en France
Les réponses aux principales questions sur le marché, les usages, l’efficacité et les innovations des gummies.














