
AVIS D'EXPERT | Vincent Desruelles | Publié le 23 Février 2026
ImmobilierTechnologie et digitalAlors que le coliving traditionnel atteint un palier sur ses cibles historiques, une nouvelle dynamique émerge autour du public senior. Porté par les mutations démographiques, les limites des résidences seniors et l’évolution des modes de vie, le coliving senior s’impose comme une alternative hybride. Entre habitat autonome et accompagnement léger, ce modèle réinvente les codes du vivre ensemble en répondant aux besoins spécifiques d’une génération vieillissante, tout en attirant l’attention croissante des acteurs immobiliers et institutionnels.
Longtemps perçu comme le refuge exclusif des jeunes actifs en quête de flexibilité, le coliving se transforme pour séduire un nouveau public : les seniors. Alors que le marché urbain arrive à maturité, les opérateurs misent désormais sur le vieillissement de la population pour nourrir leur croissance. Ce modèle, qui conjugue intimité et espaces partagés, s'impose comme une réponse concrète à l'isolement social et une alternative bienvenue aux résidences services traditionnelles. Ce n'est plus un simple effet de mode, mais une lame de fond. Portés par des acteurs spécialisés qui bousculent les codes de l'immobilier classique, ces nouveaux lieux de vie transforment la « perte d'autonomie » en une expérience communautaire active et valorisante.
La montée en puissance de ces offres s’explique largement par leur positionnement intermédiaire. Elles reposent sur des logements privatifs confortables (chambre et salle de bain individuelle), associés à de vastes espaces communs — salons, cuisines, jardins — favorisant les interactions quotidiennes. Le modèle s’inspire clairement du coliving classique, mais avec une déclinaison adaptée : services à la carte, soutien aux gestes du quotidien, animation sociale, prévention contre l’isolement. Certaines structures vont plus loin en intégrant sur place du personnel qualifié.
L’exemple le plus emblématique est celui d’Âges & Vie, filiale de Korian depuis 2017. Les auxiliaires de vie occupent la maison avec les résidents. Ce qui facilite la relation de confiance et permet un accompagnement de proximité. Le réseau comptait plus de 200 maisons mi-2025, faisant de lui l’un des acteurs les plus implantés sur ce segment.
D’autres opérateurs adoptent une approche plus sélective dans les services. Co’Coon Social Club, par exemple, dissocie services et loyers pour maximiser l’accessibilité financière. Chez Domani, la logique de « résidences partagées » vise à accueillir des personnes âgées autonomes dans un cadre convivial et sécurisé, avec un maillage déjà présent en Normandie, en Île-de-France, en Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine.
Ces modèles démontrent que le coliving senior ne se limite pas à une simple transposition du coliving « jeunes actifs », mais s'apparente de plus en plus à une nouvelle catégorie d’habitat intermédiaire.
Les opérateurs traditionnels du coliving, centrés sur la clientèle étudiante et jeune, n’ont pas encore trouvé la bonne formule pour séduire les seniors. Basé sur des formats urbains, des espaces communs très larges et une animation centrée sur les usages jeunes, leur ADN ne s’adapte qu’imparfaitement aux attentes d’un public plus âgé.
La Casa a tenté d’investir le segment avec ses « Grandes Casas » à partir de 2023, avant de réorienter rapidement son offre vers des modèles intergénérationnels. Ce repositionnement illustre les difficultés à adapter des modèles opérationnels construits pour un public jeune vers un public senior, plus exigeant en matière d’accompagnement, de continuité de services et d’adéquation du bâti.
La plupart des initiatives sur ce segment proviennent donc de nouveaux entrants, souvent issus du médico-social, de l’ESS ou de l’accompagnement à domicile : CetteFamille, La Coloc’ Senior, Maisons Marguerite, Les Pénates ou Senioryta. Tous misent sur des dispositifs de petite taille, une forte présence humaine, et une implantation souvent périurbaine ou semi-rurale plus compatible avec les coûts opérationnels.
Au-delà de la diversité actuelle, l’écosystème du coliving senior commence à s’organiser. Les modèles se normalisent, les investisseurs s’intéressent au segment, et les partenariats avec les collectivités se multiplient, notamment dans les territoires confrontés au vieillissement rapide et à la pénurie d’alternatives situées entre domicile isolé et établissement spécialisé.
Les acteurs les plus avancés comme Âges & Vie, CetteFamille, Domani, Chez Jeannette et Senioryta, posent peu à peu les bases d’un marché émergent, encore fragmenté mais doté d’un fort potentiel. L’intervention croissante d’investisseurs institutionnels, comme la Caisse des Dépôts chez Domani, témoigne de l’intérêt croissant du secteur pour ces solutions d’habitat intermédiaire.
Pour autant, plusieurs défis demeurent : modèles économiques sensibles au coût du foncier, tensions sur les métiers de l’accompagnement, nécessité d’un cadre réglementaire clair pour distinguer habitat partagé, colocation assistée et établissements médico-sociaux. La structuration du marché dépendra largement de la capacité des opérateurs à articuler qualité de service, soutenabilité financière et attractivité des lieux de vie.
Le coliving senior est un mode d’habitat partagé conçu pour les personnes âgées autonomes ou en légère perte d’autonomie. Contrairement aux résidences seniors traditionnelles, il propose des logements privatifs intégrés à des espaces communs chaleureux, une vie collective favorisant le lien social et des services à la carte, souvent dans des structures à taille humaine.
Le coliving senior répond à des besoins croissants d’isolement social, d’adaptation du logement et de soutien modéré au quotidien. Il offre une solution souple, conviviale et économiquement plus accessible que les établissements médico-sociaux, dans un contexte de vieillissement accéléré de la population.
Les principaux avantages sont un cadre de vie sécurisé et stimulant, des services mutualisés, la présence éventuelle de personnel qualifié, la prévention de la solitude et la possibilité de conserver une certaine autonomie tout en bénéficiant d’un accompagnement personnalisé.
Parmi les opérateurs les plus avancés, on retrouve Âges & Vie, CetteFamille, Domani, Senioryta, Chez Jeannette ou encore Co’Coon Social Club. Ces structures développent des modèles adaptés, souvent implantés en zones périurbaines ou rurales, avec une forte dimension humaine et sociale.
Oui, le coliving senior connaît une structuration progressive et attire de plus en plus d’investisseurs institutionnels. Face aux défis du logement des seniors, il s’impose comme un segment d’habitat intermédiaire à fort potentiel, malgré des obstacles réglementaires et économiques encore à surmonter.
Les défis de la croissance dans un contexte immobilier et réglementaire difficile
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Vincent Desruelles analyse les marchés de l’immobilier, du bâtiment
et des services. Il décrypte les évolutions du logement, des bureaux, de la
rénovation et des nouvelles formes d’hébergement, en examinant la manière dont
ces segments s’adaptent aux mutations économiques, réglementaires et
sociétales.
Ses travaux portent notamment sur les usages émergents, les
transitions environnementales, les recompositions de chaînes de valeur et
l’évolution des modèles opérés par les acteurs. En parallèle de ses missions
d’étude, il est régulièrement sollicité par la presse écrite et professionnelle
pour apporter un éclairage expert sur les dynamiques des marchés immobiliers.
Il intervient également dans le cadre de prestations ciblées auprès de groupes
de promotion immobilière et d’organismes de logement social, afin d’appuyer
leurs réflexions stratégiques ou leurs travaux d’analyse.
En interne, il contribue à structurer la veille sur ses
domaines d’expertise et participe à la production de travaux transversaux
portant sur le bâtiment, l’ingénierie, l’immobilier tertiaire ou les marchés
résidentiels. Il assure en outre un rôle d’encadrement éditorial auprès de
nombreuses études.
Diplômé de l’Université Paris-Dauphine et de l’Université
Panthéon-Sorbonne, il s’intéresse particulièrement au rôle de l’innovation -
numérique, technique ou organisationnelle - comme levier d’adaptation et de
renouvellement des modèles immobiliers.
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