De solides perspectives de croissance, un modèle d’affaires attrayant, une offre atomisée etc. : tous les ingrédients sont réunis pour une financiarisation accrue des cliniques vétérinaires D’autant plus que le secteur est dénué de contraintes tarifaires et bénéficie de régulations plus souples en matière de détention de capital que d’autres compartiments de la santé. Résultat, cette ruée des investisseurs alimente une expansion rapide des grands réseaux, remodelant radicalement le paysage concurrentiel.
Les cliniques vétérinaires n’ont jamais autant fait le plein de patients avec un chiffre d’affaires qui a bondi de 90% entre 2015 et 2025. Il faut dire qu’elles profitent d’un nombre record de chiens et chats dans le pays, des espèces très médicalisées, auquel s’ajoute l’anthropomorphisation des animaux de compagnie. Ce phénomène, qui consiste à considérer son animal comme un membre de la famille à part entière, incite les propriétaires d’animaux à davantage recourir à des soins vétérinaires. Sans réglementation tarifaire gouvernementale, à l’inverse du secteur de la santé humaine, les cliniques vétérinaires jouissent aussi d’une grande liberté tarifaire, renforçant leur position face aux clients.
Cet environnement de marché très porteur a logiquement aiguisé l’appétit des investisseurs ces dernières années. D’autant plus que depuis 2010, les règles de détention du capital des cliniques vétérinaires ont été assouplies. Certes, des garde-fous ont été conservés pour protéger le secteur d’une financiarisation excessive, comme l’obligation qu’un vétérinaire exerçant dans l’établissement détienne la majorité du capital. Conscients des risques de financiarisation excessive et des enjeux d’indépendance professionnelle, les pouvoirs publics ont toutefois cherché à reprendre la main. L’ordonnance du 8 février 2023 a ainsi renforcé le contrôle des conditions de détention du capital et les exigences de transparence Mais les investisseurs ont malgré tout réussi à mettre en place des montages complexes pour rentabiliser au maximum leurs investissements.
L’expansion rapide des réseaux de cliniques vétérinaires entre les mains des fonds
Dans ces conditions, les réseaux intégrés de cliniques vétérinaires, dont la majorité est aux mains d’acteurs financiarisés, ont connu une expansion rapide ces dernières années pour se retrouver à la tête de plusieurs centaines de sites. En réalité, il convient de distinguer deux grands profils : ceux détenus par des fonds d’investissement, comme IVC Evidensia, Mon Veto ou Sevetys, et ceux non financiarisés, à l’image de VPLUS.
En pratique, les réseaux intégrés adossés à des fonds d’investissement sont ceux dont la taille progresse le plus vite. Les capitaux apportés par leurs actionnaires leur ont en effet donné les moyens d’effectuer des rachats d’envergure et d’absorber plusieurs dizaines d’établissements chaque année. IVC Evidensia, contrôlé par EQT Partners, a par exemple mis la main sur les 51 cliniques vétérinaires du groupe VetOne après avoir bouclé une levée de fonds de 3,5 milliards d’euros en février 2021. Mon Véto a par exemple levé 100 M€ aurpès d’Ardian Expansion en 2023, une opération qui lui a permis de financer le rachat de 85 cliniques en 2024 et une cinquantaine en 2025. Mi-2025, Argos Vétérinaire a levé 100 M€ auprès d’Adams Street Partners pour accélérer son développement et compter 200 cliniques à moyen terme, contre 115 aujourd’hui.
FAQ – Marché des cliniques vétérinaires
Pourquoi le marché des cliniques vétérinaires attire-t-il autant les investisseurs ?
Le marché des cliniques vétérinaires combine plusieurs atouts : une croissance soutenue, une demande structurellement dynamique portée par la hausse du nombre d’animaux de compagnie et leur médicalisation, ainsi qu’une grande liberté tarifaire. À cela s’ajoutent des règles de détention du capital assouplies depuis 2010, facilitant l’entrée des fonds d’investissement.
Quels sont les moteurs de croissance du marché vétérinaire en France ?
La croissance repose sur trois leviers majeurs : l’augmentation du nombre de chiens et chats, l’“anthropomorphisation” des animaux (considérés comme des membres de la famille) et l’intensification du recours aux soins. Ce contexte alimente une hausse continue de la fréquentation des cliniques et des dépenses vétérinaires.
Comment la financiarisation transforme-t-elle le secteur vétérinaire ?
La financiarisation accélère la concentration du marché. Les réseaux intégrés, souvent adossés à des fonds d’investissement, multiplient les acquisitions et structurent des groupes de plusieurs centaines de cliniques. Cette dynamique redessine le paysage concurrentiel, au détriment des structures indépendantes.
Quels sont les principaux acteurs des réseaux de cliniques vétérinaires ?
Le marché se structure autour de deux catégories : les réseaux financiarisés (comme IVC Evidensia, Mon Véto ou Sevetys) et les réseaux indépendants non adossés à des fonds (comme VPLUS). Les premiers affichent les trajectoires de croissance les plus rapides grâce à leur capacité d’investissement.
La financiarisation des cliniques vétérinaires est-elle encadrée ?
Oui, le cadre réglementaire impose que les vétérinaires en exercice détiennent la majorité du capital afin de préserver l’indépendance professionnelle. L’ordonnance du 8 février 2023 a renforcé les exigences de transparence et le contrôle des montages financiers, même si les investisseurs continuent de structurer des opérations complexes.














