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AVIS D'EXPERT

Les banques reprennent la main dans l'industrie du paiement

Publié le 08 Mars 2021




Comment l’industrie du paiement a-t-elle été affectée par la crise ?

La pandémie et les restrictions sanitaires ont fait émerger de nouveaux usages (paiement sans contact, achat en ligne, paiement fractionné…) et mis à mal d’autres pratiques (cagnotte en ligne, transfert d’argent des diasporas…). Les implications sont également économiques entre la chute de l’activité ou encore d’éventuelle difficulté de financement. Dit autrement, les transactions ont plongé en 2020 et le chiffre d’affaires des acteurs du paiement a cédé 5% en moyenne. A titre d’exemple, le chiffre d’affaires de Western Union a cédé plus de 11% sur les neufs premiers mois de 2020 quand celui du leader Paypal progressait de plus de 19% sur la période. D’après nos prévisions, l’activité des spécialistes du paiement progressera au rythme de 1,5% par an en moyenne entre 2021 et 2023. L’activité de l’industrie du paiement retrouvera son niveau d’avant-crise fin 2022. Outre un retour progressif des transactions à des niveaux d’avant-crise, les professionnels profiteront d’opportunités d’affaires dans la sécurisation des paiements en ligne et dans le commerce conversationnel. Plusieurs freins viendront néanmoins entraver la croissance des acteurs du paiement. La crise renforcera en effet les pressions concurrentielles déjà fortes dans le secteur. Les risques de défaillances, en particulier chez les fintech dont les financements tendent à s’assécher, pourraient également augmenter.

  

Les banques sont-elles toujours dans la course ?

Le marché se caractérise par une concurrence protéiforme où banques, fintech, acteurs historiques du paiement, big tech et distributeurs multiplient les initiatives pour imposer leur solution. L’industrie du paiement se heurte aujourd’hui à un profond basculement des rapports de forces. Le paiement est un métier historique des banques que de nouveaux entrants ambitieux sont venus leur disputer à la faveur des avancées réglementaires et technologiques. Pour préserver leurs rentes historiques sur les transactions, les banques fourbissent leurs armes et reprennent la main. Cela passe entre autres par des coopérations au niveau national et européen. C’est ainsi qu’une vingtaine de banques européennes ont annoncé la création d’une infrastructure de paiements électroniques destinée à concurrencer Mastercard et Visa. Pour ne pas se laisser distancer par les nouveaux mastodontes du paiement (Paypal, Apple, Adyen, Visa ou Mastercard), les établissements bancaires misent également sur l’écosystème des fintech françaises. Crédit Agricole a ainsi mis la main en 2020 sur Linxo (spécialiste de l’agrégation de comptes bancaires et de l’initiation de paiements). Ces acquisitions doivent leur permettre de mieux utiliser les innovations technologiques récentes (intelligence artificielle, blockchain) afin de déployer à grande échelle de nouvelles solutions de paiement avec un coût par transaction le moins élevé possible. Les investissements nécessaires pour répondre à ces nouveaux enjeux sont tels, qu’à l’avenir, les plus petites banques pourraient décider de confier une partie de leurs activités de paiement à des structures plus importantes. Un autre mouvement de fond commence aussi à émerger, celui de la monétisation des données bancaires, à l’image de la commercialisation auprès des commerçants de rapports de données agrégées et anonymisées leur permettant de mieux cibler leur clientèle. Le groupe BPCE travaille par exemple sur cette thématique ave la start-up Smartpush.

 

 

Qu’en est-il de l’adoption des solutions de paiement alternatif par les Français ?

Bien que certains pays (comme la Suède ou la Chine) soient très rapidement passés au paiement mobile, les Français semblent faire de la résistance. Malgré une communication massive et le déploiement d’Apple Pay par l’ensemble des principales banques, cette solution peine en effet à décoller. Et la tendance devrait perdurer. Selon nos prévisions, la barre du milliard de transactions sans contact via un smartphone devrait ainsi être franchie dans l’Hexagone au mieux en 2023. En réalité, plusieurs raisons expliquent la réticence des Français, à commencer par les préoccupations concernant la sécurité (qui affecte d’ailleurs également le paiement par QR code) et la concurrence de la carte bancaire sans contact dont l’usage s’est imposé en quelques années. Les banques et les prestataires de paiement (Visa et Mastercard) comptent d’ailleurs lancer des innovations ces prochaines années pour conforter la carte bancaire comme principal moyen de paiement en France. Dans une logique de sécurisation des transactions en ligne, les cartes dotées d’un cryptogramme de sécurité à trois chiffres seront peu à peu remplacées par un mini-écran affichant un nouveau code toutes les heures. Devenu rapidement obsolète, le code ne peut alors pas être réutilisé par d’éventuels fraudeurs sur d’autres sites de e-commerce en cas de piratage des données. Les cartes sans contact équipées d’un lecteur d’empreinte digitale vont également progressivement se diffuser. Dans un premier temps, les banques vont chercher à valoriser ces innovations en augmentant les cotisations. Pour séduire de nouveaux clients, les néo-banques seront-elles aussi à la manœuvre. Le paiement par cryptomonnaie ou sur les réseaux sociaux sont des technologies anecdotiques pour les Français. Si les transactions par portefeuilles électroniques (wallet mobiles) en magasin ont quadruplé entre 2018 et 2019, elles ne représentent qu’une part marginale des paiements physiques (moins de 0,2% tous supports confondus).

 

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Collaborateur de Xerfi depuis 2010 et aujourd'hui directeur d'études, Flavien Vottero est expert dans les services aux entreprises et les nouvelles technologies. Il est titulaire d’un master en finance et stratégie européenne de l’IEP de Strasbourg.



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