Du choc énergétique au risque social, la France aux portes de la récession
Après un premier trimestre en recul, l’économie française espérait retrouver du souffle au printemps. Le conflit entre l’Iran et les États-Unis a contrarié ce redressement dès mars : flambée de l’énergie, regain d’inflation, pouvoir d’achat comprimé et incertitude croissante ont freiné la consommation et retardé les investissements. L’activité a ainsi stagné sur les six premiers mois de l’année. L’accalmie militaire attendue devait ensuite ouvrir la voie à une reprise. Mais les vagues de chaleur, la recrudescence des hostilités et leur extension régionale ont de nouveau assombri les perspectives. Au sud de la mer Rouge, le blocage partiel du détroit de Bab-el-Mandeb par les Houthis, proches de l’Iran, entrave davantage les flux pétroliers. Les cours du brut repartent à la hausse, tandis que les bombardements ukrainiens contre les installations russes réduisent les capacités de raffinage et font bondir les marges des raffineurs. À la pompe, la facture s’alourdit.
Le gaz pourrait prendre le relais en fin d’année. Les stocks européens sont anormalement bas pour la saison et la Chine, cette fois directement exposée aux perturbations du détroit d’Ormuz, pourrait surenchérir pour sécuriser ses approvisionnements en GNL. Cette concurrence accrue ferait monter les prix du gaz, avec un risque de propagation à l’électricité. Même moins violent que celui provoqué par la guerre en Ukraine, ce nouveau choc énergétique pèsera lourd sur les ménages et les entreprises. L’État dispose de peu de moyens pour en amortir les effets : ses marges budgétaires sont épuisées et la charge de la dette s’alourdit avec la hausse des taux souverains. À l’approche des prochaines échéances électorales, la pression sur le pouvoir d’achat ravive ainsi le risque d’une crise sociale majeure. L’appui du commerce extérieur reste trop faible. La France est la seule grande économie avancée dont la croissance ralentit fortement en 2026.
Reprise graduelle en 2027…
En 2027, l’économie française restera suspendue à une élection présidentielle particulièrement indécise, suivie des législatives, sur fond de finances publiques fortement dégradées. Cette incertitude prolongera l’attentisme. Redoutant un nouveau tour de vis fiscal, les ménages puiseront avec parcimonie dans leur épargne, empêchant tout véritable rebond de la consommation. La défiance persistante des marchés envers la dette française maintiendra les taux d’intérêt sous pression, renchérissant le coût du crédit. Les entreprises temporiseront elles aussi : certains investissements seront reportés jusqu’à ce que l’horizon politique et budgétaire s’éclaircisse. Seul le commerce extérieur continuera d’apporter un peu d’oxygène, grâce au redressement de l’Allemagne portée par son vaste plan de relance. Un soutien bienvenu, mais trop limité pour relancer l’ensemble de l’économie française. La croissance restera bloquée à moins de 1 %.
… contrariée en 2028
Une fois les élections passées, l’horizon politique s’éclaircira, à condition qu’une majorité stable se dégage. Ménages et entreprises retrouveront alors davantage de visibilité pour consommer et investir. Mais l’accalmie politique ne lèvera pas la contrainte budgétaire. Le redressement des comptes publics passera nécessairement par une maîtrise accrue des dépenses et des hausses ciblées de prélèvements. La défiance des marchés envers la dette française ne disparaîtra pas du jour au lendemain, maintenant les taux d’intérêt à des niveaux élevés. Moins d’incertitude, donc, mais plus de rigueur et un crédit toujours coûteux : de quoi brider la demande intérieure. Dans ces conditions, une croissance supérieure à 1 % paraît difficile à atteindre.
Notre scénario macroéconomique pour la France à l’horizon 2028
Variations annuelles, en %
| Indicateur | 2025 | 2026Prévision | 2027Prévision | 2028Prévision |
|---|---|---|---|---|
| PIB | 0,9 % | 0,4 % | 0,9 % | 0,8 % |
| Consommation | 0,5 % | 0,3 % | 0,7 % | 0,5 % |
| Consommation publique | 0,6 % | 1,2 % | 0,8 % | 0,4 % |
| Investissement | 0,7 % | -0,3 % | 1,2 % | 1,7 % |
| dont construction | -2,2 % | -1,8 % | 0,5 % | 0,9 % |
| dont équipement | 0,8 % | 0,0 % | 0,6 % | 1,7 % |
| Exportations | 2,4 % | 1,5 % | 2,5 % | 2,2 % |
| Importations | 3,0 % | 1,0 % | 2,0 % | 2,1 % |
Prévisions Xerfi / Source : Insee
Hypothèses du scénario central
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Pétrole : une détente progressive
La détente du cours du pétrole sera progressive : le Brent passera de 87 dollars le baril en 2026 à 75 dollars en 2027, puis à 73 dollars en 2028. La baisse conjuguée du brut et des marges de raffinage fera refluer les prix à la pompe et des produits dérivés du pétrole.
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Gaz : un recul plus limité
Le recul des prix du gaz sera plus limité, les dommages aux installations de liquéfaction bridant durablement l’offre.
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Électricité : des tensions contenues
Un parc nucléaire largement opérationnel et une météo favorable à la production hydraulique, éolienne et solaire réduiront le recours aux centrales à gaz en Europe. Les tensions sur les prix de gros de l’électricité resteront ainsi bien en deçà de celles de 2022.
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Alimentation : une poussée temporaire
La poussée des prix alimentaires sera temporaire. Les effets de second tour resteront contenus, sans enclencher de boucle prix-salaires.
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Taux : une détente à partir de fin 2027
La convergence de l’inflation en zone euro vers la cible de la BCE ouvrira alors la voie à un nouveau cycle de baisse des taux, qui ne débutera pas avant fin 2027. Cette détente ne se transmettra qu’en partie aux taux longs : les inquiétudes sur la soutenabilité des dettes souveraines et les besoins massifs de financement des géants du numérique limiteront le reflux des rendements des emprunts d’État. Ce frein sera particulièrement marqué en France, où la fragilité des finances publiques entretiendra la vigilance des investisseurs.
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Climat social : des tensions sans crise majeure
Sur le plan intérieur, le climat social restera tendu, sans déboucher sur une crise d’une ampleur comparable à celle des Gilets jaunes en 2018-2019.
Continuité des orientations économiques
Plus globalement, notre scénario retient l’hypothèse d’une continuité des grandes orientations de la politique économique sans rupture majeure à l’issue des échéances électorales, présidentielle et législatives.












