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Le paiement fractionné face à la directive DC2

AVIS D'EXPERT | Vincent Chamouleau | Publié le 16 Mars 2026

Banque et finance



Longtemps porté par l’essor du e-commerce et un cadre juridique permissif, le paiement fractionné s’est imposé comme un levier majeur de financement de la consommation. Mais la montée des incidents de paiement et des situations de surendettement pousse désormais l’Union européenne à durcir la réglementation. Avec l’entrée en vigueur de la directive DCC2 en 2026, le modèle économique du buy now pay later (BNPL) pourrait être profondément redéfini, entre hausse des coûts réglementaires, recomposition concurrentielle et mutation des stratégies des acteurs du secteur.

Le paiement fractionné, souvent appelé paiement en 3x ou 4x, appartient à la famille plus large des facilités de paiement. Ces solutions permettent aux consommateurs de répartir le coût d’un achat sur plusieurs échéances ou de payer ultérieurement. Dans l’écosystème des paiements, ce modèle est généralement désigné sous le terme de buy now pay later (BNPL).

Le marché français des facilités de paiement s’est fortement développé ces dernières années. Cette croissance repose à la fois sur l’essor du e-commerce, l’évolution des habitudes d’achat et de consommation, mais aussi sur l’existence d’un cadre réglementaire relativement permissif. Ce développement rapide s’est toutefois accompagné d’effets secondaires, notamment une progression des défauts de paiement et des situations de surendettement.

 

Une hausse des incidents en lien avec la diffusion rapide du BNPL

Depuis 2022, les commissions de surendettement observent une remontée du nombre de dossiers déposés. En août 2025, environ 141 000 dossiers de surendettement ont été enregistrés en glissement annuel, contre environ 121 000 dossiers en 2021. Cette hausse s’explique en partie par la diffusion rapide des facilités de paiement. À l’image des crédits renouvelables dans les années précédentes, certaines solutions de paiement fractionné ne nécessitent pas systématiquement de vérification approfondie de la solvabilité des souscripteurs. Dans ce contexte, 17% des dossiers de surendettement en 2024 étaient liés à un paiement fractionné ou à un mini-crédit.

Les incidents de paiement se sont également multipliés. En 2024, près de 76 000 inscriptions pour incidents de remboursement ont été enregistrées, contre 73 000 en 2022, soit une hausse d’environ 3%. Les prêts personnels restent les plus concernés, représentant environ 27% des incidents de paiement en 2024. Ces évolutions alimentent les préoccupations des autorités publiques quant aux risques de fragilisation financière d’une partie des consommateurs.

   

Avec la DCC2, le paiement fractionné sera une forme de crédit à la consommation

Face à la progression des défauts de paiement et du surendettement, Bruxelles a décidé de renforcer l’encadrement du secteur. La directive européenne DCC2, adoptée en 2023, entrera en vigueur en novembre 2026. Elle aura pour conséquence principale de considérer le paiement fractionné comme une forme de crédit à la consommation.

Ce changement de statut réglementaire implique plusieurs obligations supplémentaires pour les fournisseurs de solutions BNPL. Les acteurs devront notamment se conformer aux règles applicables au crédit à la consommation, notamment en matière d’information précontractuelle, de connaissance du client (KYC) et d’évaluation de la capacité de remboursement des consommateurs. L’ensemble de ces exigences devrait mécaniquement alourdir les coûts opérationnels des acteurs du paiement fractionné.

La directive prévoit aussi des obligations d’information accrues. Les fournisseurs devront afficher de manière plus transparente les caractéristiques des opérations de paiement fractionné, notamment le coût, l’échéancier, les droits du consommateur ou encore le fonctionnement de la solution proposée. Ces obligations pourraient avoir des conséquences directes sur l’expérience utilisateur. L’intégration de nouvelles étapes d’information et de vérification risque d’alourdir les parcours d’achat en ligne. C qui pourrait affecter les taux de conversion des commerçants et, à terme, les revenus des acteurs du secteur tels qu’Affirm, Klarna, Alma ou PayPal.

  

Un modèle économique fragile

L’entrée en vigueur de la directive DCC2 intervient alors que de nombreux acteurs du paiement fractionné peinent encore à atteindre une rentabilité durable. Klarna illustre bien cette situation. Après avoir terminé 2024 sur un léger bénéfice, l’entreprise perdait 83 millions de dollars au troisième trimestre 2025, soit un déficit d’environ 9,2%. Dans le même temps, le renforcement des contrôles de solvabilité pourrait avoir un effet positif sur la gestion du risque. Une meilleure sélection des emprunteurs devrait limiter l’exposition aux profils les plus fragiles, réduire les retards de paiement et diminuer les pertes de crédit, autrement dit le coût du risque. Malgré cet effet potentiel, la nouvelle réglementation va accroître la pression sur les fournisseurs de facilités de paiement, qui devront adapter leur modèle économique pour absorber des coûts réglementaires plus élevés.

  

La directive pourrait transformer durablement la concurrence

Dans ce nouveau contexte, plusieurs évolutions structurantes pourraient redéfinir la dynamique concurrentielle du marché du paiement fractionné en Europe. Tout d’abord, le modèle historiquement fondé sur le paiement sans frais pour le consommateur pourrait peu à peu évoluer. Les acteurs du BNPL pourraient être amenés à introduire des intérêts ou des commissions, par exemple sous la forme de frais de dossier pour compenser l’augmentation de leurs coûts réglementaires.

Ensuite, la recherche d’économies d’échelle devrait devenir un levier stratégique central. Les acteurs pourraient renforcer leurs investissements dans l’optimisation des opérations back-office ou dans les stratégies marketing afin d’élargir leur base de clients malgré des parcours utilisateurs potentiellement moins fluides. Cette dynamique pourrait favoriser de nouveaux rapprochements stratégiques ou des opérations de consolidation.

Plusieurs entreprises explorent déjà des stratégies de diversification. Klarna propose par exemple une carte de paiement virtuelle et a lancé en décembre 2025 Tap to Pay, une solution de paiement mobile sans contact utilisable en magasin. Cette évolution illustre une tendance plus large visant à intégrer le BNPL dans une offre élargie de services de paiement. Cette logique rappelle également l’intégration en 2022 d’Afterpay et Clearpay au sein du groupe Block, qui développe un écosystème combinant application de paiement Cash App, portefeuille crypto physique et terminaux de paiement pour les commerçants.

Enfin, la nouvelle réglementation pourrait entraîner un retrait de certains acteurs. Le secteur a déjà enregistré plusieurs sorties de marché pendant la période de forte inflation. Des entreprises comme Openpay, Zest, Laterpay, Latitudepay, Pace, Fupay ou Genoapay avaient ainsi cessé leurs activités en 2023. Les banques françaises présentes sur ce segment, notamment via Oney, Pledg ou Django, pourraient également se recentrer sur le crédit à la consommation traditionnel.

  

FAQ – Le marché du paiement fractionné

Qu’est-ce que le paiement fractionné ou buy now pay later ?

Le paiement fractionné, aussi appelé buy now pay later (BNPL), est une solution permettant aux consommateurs de payer un achat en plusieurs échéances. Les formules les plus courantes sont le paiement en trois ou quatre fois sans frais.

Quelle est la taille du marché du paiement fractionné en France ?

Le marché français des facilités de paiement est estimé à environ 29 milliards d’euros en 2024, porté par la croissance du e-commerce et l’évolution des comportements d’achat.

Pourquoi l’Union européenne veut-elle réguler le BNPL ?

La progression des incidents de paiement et des situations de surendettement a conduit les autorités européennes à renforcer l’encadrement du secteur afin de mieux protéger les consommateurs.

Quel impact aura la directive DCC2 sur le paiement fractionné ?

La directive DCC2, qui entrera en vigueur en novembre 2026, assimilera le paiement fractionné à un crédit à la consommation. Les acteurs devront donc appliquer des règles plus strictes en matière de solvabilité, d’information et de transparence.

Quel avenir pour les acteurs du paiement fractionné ?

Le marché devrait connaître une phase de transformation avec une pression accrue sur la rentabilité, une possible introduction de frais pour les consommateurs, des stratégies de diversification et une consolidation du secteur.

 

POUR APPROFONDIR LE SUJET
Le marché du BNPL à l'horizon 2030

Régulation DCC2 et marges sous pression : comment consolider le modèle et la croissance du paiement fractionné ?

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Vincent Chamouleau analyse depuis plusieurs années les transformations économiques à l’œuvre dans les secteurs des médias, de la communication et des technologies numériques. Il décrypte les recompositions de ces écosystèmes, marquées par la montée en puissance des plateformes, l’évolution des modèles publicitaires et l’intégration croissante de l’intelligence artificielle dans les chaînes de valeur.

Ses travaux portent sur l’analyse des dynamiques concurrentielles et des modèles économiques des acteurs des médias, de la publicité et du digital. Il propose une lecture stratégique et pédagogique des marchés en éclairant les choix de positionnement, les logiques d’intermédiation, les mutations des usages et les ruptures induites par l’innovation technologique. Cette approche vise à aider les dirigeants et décideurs à mieux comprendre des environnements complexes, caractérisés par une forte intensité concurrentielle, une fragmentation des audiences, des usages et des parcours client.

Diplômé d’un master de recherche en économie et finance de l’Université Lumière Lyon II, en partenariat avec l’EM Lyon et l’ENS Lyon, Vincent s’inscrit dans une démarche d’analyse rigoureuse visant à éclairer les effets des technologies avancées - intelligence artificielle, data, automatisation - sur l’organisation des marchés et les trajectoires de création de valeur à long terme.


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