La France a achevé l’année 2025 dans un climat économique et institutionnel particulièrement incertain. Dans ce contexte, la croissance a néanmoins fait preuve d’une certaine résilience. Les entreprises ont ajusté leurs décisions d’investissement et d’emploi, mais de façon progressive. Les ménages, en revanche, ont conservé une attitude très prudente, freinant leurs dépenses et se détournant du marché du logement neuf. Au total, le bilan de l’année apparaît contrasté.
Une crise énergétique, c’est plus d’inflation et moins de croissance. S’il reste très aléatoire de prévoir la fin des combats en Iran, une certitude s’impose déjà : le retour des prix du pétrole et du gaz à leurs niveaux d’avant-crise s’inscrira dans la durée. Les dommages déjà infligés aux infrastructures énergétiques laissent en effet présager un ajustement lent. Même si l’augmentation des prix de l’énergie reste inférieure à celle observée après la guerre en Ukraine, elle affectera l’inflation et réduira le pouvoir d’achat. L’État, dépourvu de marges financières, ne pourra pas alléger cette fois-ci la facture.
C’est donc principalement par le canal de la consommation des ménages que la croissance sera affectée. L’ajustement de l’investissement sera moins immédiat, mais s’effectuera sur un temps plus long, d’autant plus que les élections présidentielles et législatives s’annoncent très indécises. Comme l’investissement est souvent coûteux, irréversible et financé, l’incertitude incite à différer les grands projets jusqu’à ce que les perspectives se clarifient.
À cet environnement déjà dégradé s’ajoute un nouveau tournant dans la guerre commerciale engagée par Donald Trump, avec l’ouverture d’une série d’enquêtes visant une quinzaine de partenaires, dont l’Union européenne, en vue de rétablir de nouveaux droits de douane après ceux annulés par la Cour suprême. Il y a peu de chances que les exportations prennent le relais d’une demande intérieure affaiblie, laquelle contribuera toutefois à contenir les importations.
À la faveur d’un contre-choc pétrolier et gazier, la croissance se redressera légèrement en 2027, mais les conséquences de la guerre en Iran coûteront près de 0,3 point de PIB sur deux ans, selon notre scénario central.

Notre scénario central est basé sur un cours moyen du pétrole compris entre 75 et 80 dollars le baril en 2026 (sachant qu’entre janvier et mars, la moyenne a été de 75 dollars) et sur un prix du gaz de 55 euros le mégawattheure sur l’ensemble de l’année.
Même s’il est bien trop tôt pour être privilégié, un scénario « noir » consisterait à ce que le prix du baril grimpe à plus de 120 dollars et reste proche de 100 $ d’ici la fin de 2027. Le prix du gaz atteindrait, lui, 75 euros le mégawattheure et baisserait ensuite très lentement. La trajectoire de l’inflation s’en trouverait profondément modifiée, avec l’installation d’une boucle prix-salaires (effets de second tour). Le pouvoir d’achat serait plus durement impacté (même si les salaires proches du SMIC et les prestations sociales sont en partie indexés). Le marché du travail se dégraderait et le taux de chômage remonterait à plus de 9% courant 2027. La consommation fléchirait et tomberait à près de 0%, tandis que l’investissement reculerait. Tous les pays subissant les mêmes contraintes, les exportations plongeraient également. Le déficit public remonterait à près de 6% en 2027 et le taux d’endettement s’installerait au-dessus de 120%. La France entrerait en récession.

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