L’offensive des fonds d’investissement dans la radiologie s’intensifie, transformant en profondeur un secteur historiquement dominé par les praticiens. À l’image de la biologie médicale, la consolidation du marché est en marche, portée par une rentabilité en progression et un cadre juridique contournable. Si la réglementation impose aux radiologues de conserver la majorité du capital, les investisseurs exploitent des failles, via des holdings ou le contrôle des infrastructures techniques. Face à cette montée en puissance, l’Ordre des médecins tente de résister, mais ses décisions sont contestées.
Au cours des trois dernières années, plusieurs acteurs financiers sont montés au capital de groupes de radiologie, se traduisant par une dizaine d’opérations de fusion-acquisition impliquant notamment Simago, Résonance Imagerie et Imapôle/Imaone. À la mi-2024, une nouvelle transaction aurait pu s’ajouter à cette série : l’acquisition d’Excellence Imagerie (60 radiologues, 400 000 examens par an) par Antin Infrastructure Partners. Toutefois, ce dernier a finalement renoncé à l’opération, faute de pouvoir réunir certaines conditions réglementaires.
Le phénomène de financiarisation en radiologie suit ainsi la même dynamique que celle observée dans la biologie médicale et les soins vétérinaire. Comme ces secteurs, la radiologie attire les investisseurs grâce à une rentabilité élevée et stable, un marché en pleine croissance, et une forte fragmentation qui favorise les acquisitions. Dans le domaine de la biologie médicale, ce mouvement de consolidation initié en 2010 a conduit, en une décennie, à une forte concentration du marché. En 2020, selon l’Atlas de la biologie médicale privée d’Ekipaj, les 12 principaux réseaux de biologie médicale contrôlaient 72% des sites de biologie en France.
Entre réglementation stricte et nouvelles stratégies de financement
La réglementation en matière de propriété du capital des sociétés d’exercice dans la radiologie est pourtant très stricte. Les textes imposent que les radiologues conservent la majorité du capital et des droits de vote d’un cabinet ou d’un centre exploité sous la forme d’une société d’exercice libéral (SEL). De plus, l’ouverture du capital aux sociétés de médecins ou à des acteurs extérieurs est limitée à 25%. Enfin, ces structures doivent être inscrites au tableau de l’Ordre des médecins.
Toutefois, les investisseurs ont trouvé plusieurs moyens de contourner ces restrictions. Depuis un décret de 2012, il est possible de créer des holdings regroupant plusieurs SEL et leur facturant des services partagés (gestion administrative, achats, RH, etc.). Contrairement aux SEL, ces holdings peuvent être majoritairement détenues par des non-radiologues, facilitant l’entrée des fonds d’investissement dans le secteur de la radiologie.
Une autre stratégie consiste à dissocier les droits financiers des droits de vote via des actions de préférence. Ce dispositif permet de confier 75% des droits de vote aux radiologues tout en laissant la quasi-totalité des bénéfices financiers aux investisseurs. Bien que cette pratique soit surveillée par l’Ordre des médecins, elle est utilisée pour structurer des groupes de radiologie sous contrôle financier. L’Ordre des médecins a d’ailleurs tenté d’intervenir en sanctionnant certaines pratiques. Fin 2023 et début 2024, il a prononcé deux fois la radiation du groupe Imapôle (devenu ImaOne), dénonçant l’arrivée massive d’investisseurs non-radiologues au capital des sociétés d’imagerie. Cependant, ces décisions ont été déboutées par le Conseil d’État.
Enfin, les investisseurs privilégient souvent une autre approche : le contrôle des plateaux techniques d’imagerie. Plutôt que d’acquérir les sociétés d’exercice médical, ils rachètent les équipements, locaux et services annexes via des structures commerciales (SAS, SARL, SCI, GIE, etc.) non soumises aux restrictions des SEL. Ces entités peuvent ensuite facturer des redevances élevées aux radiologues, les plaçant dans une dépendance financière vis-à-vis des fonds d’investissement.














