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AVIS D'EXPERT

Le marché français de la smart city s'assagit

Décryptage

Publié le 18 Janvier 2021




Smart city : l’heure est désormais à un développement plus mesuré

Le marché français de la ville intelligente gagne en maturité. Après les expérimentations débridées de sa jeunesse dans les années 2008-2018, l’heure est désormais à un développement plus mesuré. Les projets de smart city sont de fait moins nombreux en raison des effets du cycle électoral et de la crise, d’un potentiel de marché qui se réduit ou encore de retours d’expérience décevants. Les investissements cumulés des 40 premières agglomérations françaises atteindront ainsi 1,1 milliard d’euros entre 2020 et 2023 (contre 4,4 milliards représentant plus de 250 projets entre 2008 et fin mars 2020), selon les calculs des experts de Xerfi Innov. En réalité, le potentiel du marché de la smart city est aujourd’hui entre les mains des villes moyennes et des villages, de plus en plus nombreux à s’emparer des nouvelles technologies. C’est d’autant plus vrai que les aides publiques du plan de relance et du programme Action cœur de ville, ouvert à 222 territoires, permettent en principe aux municipalités de concrétiser leurs projets. Il s’agit alors entre autres de revitaliser les centres-villes (places de marchés numériques locales, services de livraison à domicile…), d’optimiser les dépenses (éclairage public intelligent par exemple) et de renforcer le lien social grâce notamment à des plateformes numériques d’entraide pour les seniors et les handicapés. Deux segments semblent a priori prometteurs ces prochaines années : l’amélioration de l’efficacité énergétique (pilotage automatique de l’éclairage, réglage du chauffage, détection des dysfonctionnements…) et de la sécurité (vidéosurveillance intelligente, outils destinés à anticiper les inondations...) même si leur potentiel de développement peut se heurter à certains écueils.

  

L’avenir de la smart city se dessine du côté des villes intermédiaires

L’heure n’est donc plus aux grands projets « tout technologique ». D’ailleurs, ceux de Dijon ou d’Angers visant à mettre en commun les différentes fonctions de la ville (eau, déchet, sécurité, etc.) au sein d’un centre de contrôle unique et à partager les données pour proposer des services enrichis, seront une exception dans le paysage français de la smart city, de l’avis des experts de Xerfi Innov. Bref, l’avenir du marché en France semble bien se dessiner du côté des villes intermédiaires qui chercheront à s’équiper en solutions connectées pour faire des économies mais aussi pour améliorer la qualité de l’environnement et de vie des habitants. Un marché par définition difficile à quantifier. Toutefois, le potentiel en la matière est immense, permettant sans difficulté d’anticiper une croissance du marché au moins égale à 500 millions d’euros d’ici 2022 (son niveau en 2017 et 2018). Malgré une réelle demande en projets de smart city, les lancements peinent pourtant à se concrétiser. Plusieurs raisons expliquent ce décalage. D’abord, une majorité des collectivités affirment manquer de moyens financiers. Il revient donc aux prestataires de services de proposer des solutions de financement adéquates. En outre, le manque de compétences et/ou l'absence d'une DSI au sein des collectivités limite leur capacité à évaluer et lancer des projets smart. Pour y remédier, certaines se tournent alors vers des universitaires pour mener des projets de ville du futur. Sans oublier que les données, moteur de la ville du futur, constituent autant d'opportunités que de freins (organisation et gestion des jeux de données mais surtout protection des données des citoyens entre autres). Les communes ont néanmoins appris à travailler avec des opérateurs privés. Certaines internalisent même des fonctions jugées déterminantes, à l’image de Chambéry qui a choisi de construire et gérer son réseau de télécommunication bas débit pour les objets connectés afin d’éviter de payer une licence d’utilisation à un opérateur télécom privé.

  

La crise pourrait rebattre les cartes du jeu concurrentiel

Le paysage concurrentiel pourrait dès lors évoluer en profondeur. Les grands consortiums adossés à des grands groupes pourraient ainsi laisser davantage de place aux équipementiers et autres start-up. Avec plus d’une vingtaine de projets à leur actif, EDF, Suez, Veolia et Bouygues s’imposent aujourd’hui  comme les principaux acteurs du marché de la ville intelligente en France. Le marché se compose toutefois d’une centaine d’acteurs privés d’horizons divers. Les fournisseurs de solutions applicatives sont en contact direct avec les collectivités. Il s’agit des BTPistes (Bouygues, Vinci, Eiffage), des énergéticiens (EDF, Engie), des transporteurs (Transdev, Keolys) ou des spécialistes de la gestion de l’eau et des déchets (Suez, Veolia). En amont, les fournisseurs de technologies ont un rôle de facilitateur au déploiement de la ville intelligente. Ils conçoivent les produits et logiciels permettant de digitaliser et automatiser les services collectifs. Ils commercialisent leurs solutions auprès des acteurs applicatifs. Les entreprises de services numériques (IBM, Microsoft, Capgemini) et les opérateurs et équipementiers télécoms (Orange, Huawei) cherchent aussi à traiter directement avec les collectivités. Pour cela, ils misent sur des solutions applicatives finies dans le domaine de la sécurité ou de l’e-administration. Enfin, de nombreuses start-up (Ubiant, Forcity, Neocity, etc.), qui profitent d’un environnement favorable à leur éclosion (incubateurs, aides au financement, concours, etc.), sont présentes sur ce marché. Les municipalités cherchent à les impliquer lors des appels d’offres. Parmi ces profils d’acteurs, trois semblent bien placés pour répondre aux enjeux et défis du marché de la smart city et s’imposer comme des acteurs pivots d’écosystèmes : les énergéticiens, les leaders de services environnementaux et les acteurs intégrés du BTP. La crise impliquera en effet des décisions stratégiques fortes. Engie a notamment déjà décidé d’accélérer son retrait des services énergétiques. Quant à la fusion entre Veolia et Suez, elle entraîne des errements qui pourraient mettre à mal leur leadership dans le domaine.

 

 

Collaborateur de Xerfi depuis 2010 et aujourd'hui directeur d'études, Flavien Vottero est expert dans les services aux entreprises et les nouvelles technologies. Il est titulaire d’un master en finance et stratégie européenne de l’IEP de Strasbourg.



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