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AVIS D'EXPERT

La crise, une aubaine pour les EdTech en France

Trois questions à Aurélien Vernet, expert Xerfi

Publié le 09 Décembre 2020




À quel point les EdTech ont-elles surfé sur la crise ?

Depuis le début de la crise sanitaire, les EdTech sont clairement sous le feu des projecteurs. Elles sont en effet idéalement positionnées pour assurer la continuité pédagogique grâce à leur ADN résolument technologique. Et même si les investisseurs vont se montrer plus exigeants à l’avenir à propos de la robustesse des business models à financer, ils semblent encore prêts à participer activement aux levées de fonds des start-up tricolores (43 millions en 2019 et plus de 37 millions au premier trimestre 2020). En réalité, les périodes de confinement – et donc les cours en distanciel - ont été une aubaine inespérée pour ces jeunes pousses. Celle-ci leur a permis d’élargir leur base de clientèle et a ainsi fait progresser de 20% le chiffre d’affaires de la moitié d’entre elles, d’après nos estimations. La crise leur a également permis de gagner en visibilité et en maturité. A moyen terme, la EdTech continuera de profiter de la maturation des nouvelles technologies, du soutien de l’écosystème French Tech, de la volonté politique d’adopter une stratégie de souveraineté éducative et de l’augmentation de la population des digital natives. Pourtant, la EdTech française – un marché estimé à quelque 650 millions d’euros - accuse un certain retard, lié au phénomène plus global du manque de capitaux dévolus aux projets entrepreneuriaux « risqués ». La plupart de ces start-up de l’éducation ont en effet abordé la crise en étant sous-capitalisées. La raréfaction des capitaux accentue de facto le phénomène d’equity gap (ou trou de financement) pour les EdTech en manque de liquidités pour se développer et ainsi se rapprocher du point mort, condition sine qua non pour intéresser les acteurs du private equity.

  

 

Quels obstacles vont devoir surmonter les start-up de l’éducation en France ?

Elles rencontrent en réalité plusieurs difficultés. Elles peinent ainsi à percer sur le segment du K12 (enseignement primaire et secondaire), qui se caractérise par des rigidités administratives et par une véritable réticence du corps enseignant. L’écosystème de la filière est également encore fragile, malgré une phase de structuration amorcée ces trois dernières années, notamment sous l’égide de l’association EdTech et avec la création de fonds d’investissement dédiés. Au-delà de quelques champions comme OpenClassrooms, 360Learning et digiSchool, les acteurs sont âgés de cinq ans maximum pour plus de 60% d’entre eux. Par ailleurs, leurs business models ne sont pas forcément éprouvés et les levées de fonds restent modestes. Ce sont des fragilités à prendre en compte alors que de nombreux défis les attendent, à commencer par leur capacité de résistance à la crise et aux ambitions des GAFAM et autres intervenants traditionnels de l’éducation et de la formation. Elles ne sont pourtant pas toutes le dos au mur. Les plus résistantes sont celles ayant récemment levé des fonds, à l’instar de Job Teaser ou 360Learning, celles dotées d’un modèle d’affaires éprouvé, sans oublier les spécialistes des cours en ligne et des MOOCs. Plus globalement, les intervenants vont devoir hisser au premier rang de leurs priorités la recherche de financements et la préservation de la trésorerie. En parallèle, asseoir leurs solutions comme des alternatives crédibles est également une nécessité. Il leur faut donc investir pour renforcer les offensives en marketing et communication pour se faire connaître.

  

Est-ce à dire que la consolidation va monter d’un cran dans la filière ?

A l’évidence, la crise sanitaire va éjecter les start-up de l’éducation les plus fragiles et positionnées sur les segments où l’intensité concurrentielle est forte. Dans ce contexte, un mouvement de structuration, voire de consolidation encore balbutiant, semble inévitable. C’est d’autant plus vrai qu’il s’agit d’un univers foisonnant où pas de moins de 430 acteurs se disputent le marché. Dès lors, le scénario le plus probable est celui d’une consolidation accélérée sous la férule d’une poignée de leaders. Déjà, Hachette a pris en janvier 2020 le contrôle du dernier né des éditeurs scolaires, Lelivrescolaire.fr. Citons également le rapprochement de Educlever (fournisseur d’outils facilitant l’engagement et la réussite des apprenants) et de Orthodidacte (éditeur de plateformes numériques innovantes spécialisées dans la communication écrite en langue française) qui a donné naissance à un champion de la EdTech française.

Collaborateur de Xerfi depuis 2017 après 4 années passées en audit financier à Paris et au Luxembourg, Aurélien Vernet est aujourd'hui chargé d'études Senior avec une expertise dans les secteurs de l’assurance et de la banque. Aurélien Vernet est titulaire d’un master MSc2 de l’ESSEC Buiness School (Programme Grande École, spécialisation Économie appliquée).



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