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Grandes manoeuvres en perspectives dans l'enseignement privé

AVIS D'EXPERT | Alexandre Boulegue | Publié le 12 Avril 2021

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Le chiffre d’affaires des groupes privés marque le pas en 2020

Avec la crise, les effectifs des groupes privés d’enseignement supérieur ont fondu de 2,3% à 550 000 étudiants à la rentrée 2020-2021 en France. Leur chiffre d’affaires a dès lors marqué le pas (+0,7% à 4,4 milliards d’euros) après dix ans de croissance ininterrompue, en dépit d’une hausse des frais de scolarité. Le secteur continue pourtant d’aiguiser les appétits des fonds d’investissement. En janvier 2021, Capza est entré à hauteur de 40% dans le capital de Ynov (sciences et technologies, ingénierie, informatique, médias et design) tandis qu’en novembre dernier Novetude Santé changeait de mains au profit du Britannique Charterhouse Capital Partners. Et les exemples sont légion. Ces grandes manœuvres persistantes s’expliquent par les solides fondamentaux structurels du secteur, le contexte financier (taux d’intérêt très bas et abondance de liquidités) mais aussi par son attractivité (rentabilité élevée de l’activité, revenus garantis…). Après le trou d’air de 2020, le chiffre d’affaires de l’enseignement privé renouera avec une légère croissance en 2021-2022 (+1,8%) puis d’environ 4% par an en moyenne d’ici la rentrée 2023-2024 à quelque 5 milliards d’euros grâce à la hausse plus soutenue des effectifs, d’une reprise de la mobilité étudiante internationale et d’une augmentation des frais de scolarité. 

 

Nouvelles formations, digitalisation et déploiement à l'international

Malgré la crise, et son impact sur la mobilité des étudiants étrangers, les groupes privés d’enseignement supérieur ont très peu modifié leurs stratégies de croissance. Seules quelques pistes de développement ont été gelées, comme par exemple l’extension des campus actuels ou encore la poursuite d’alliances avec les établissements étrangers. Le déploiement de nouvelles écoles et formations est ainsi toujours d’actualité, à l’image de l’ouverture par MediaSchool de Green Management School dédiée à l’écologie et au développement durable à la dernière rentrée. La densification du maillage national est également toujours au menu comme l’illustre l’inauguration de quatre nouveaux campus IFAG en 2020 et ceux en projet pour 2021. Le déploiement à l’international, pour toucher avant tout une clientèle locale (cas d’AD Education notamment), et la digitalisation de l’enseignement, avec de plus en plus de nouvelles technologies dans les approches pédagogiques en sus du e-learning (exemple d’INSEEC U et sa classe du futur), sont aussi toujours au programme.  

Pour assurer leur avenir à moyen terme et renforcer leurs positions sur le marché, les acteurs ne pourront toutefois pas s’abstraire d’une stratégie offensive face à la contraction de leurs revenus. C’est d’autant plus vrai que la rentrée 2021-2022 sera encore affectée par une situation sanitaire et économique encore sous tension. Ils devront dès lors lancer de nouveaux programmes et de nouvelles écoles. Ils ne pourront pas non plus faire l’économie d’un savant dosage entre présentiel et distanciel, une fois la crise endiguée. Les étudiants n’ont pas manqué d’alerter sur les limites du tout en ligne. En clair, le e-learning doit être un complément aux cours physiques, au moins en formation initiale. Enfin, les opérateurs devront veiller à ne pas être tentés de sacrifier la qualité de l’enseignement sur l’autel de la rentabilité au moment de la reprise. Cet aspect est crucial dans un contexte où il faudra reconquérir les étudiants étrangers.

 

La consolidation va se poursuivre

Nombreuses habituellement, les fusions-acquisitions devraient s’accélérer avec la crise. Les récents rachats de SMI par Eduservices et de Supinfo par IONIS, respectivement en juin et août 2020, montrent que la consolidation est une tendance bien ancrée dans le secteur. Les stratégies de build-up des actionnaires financiers devraient également soutenir ce mouvement de consolidation. Les proies potentielles sont les ESC de province fragilisées par la crise et la chute des recettes issues de la taxe d’apprentissage, les écoles privées indépendantes au budget structurellement limité ou encore les groupes privés familiaux comme IONIS et IGS. Par ailleurs, une remise à plat des modèles et positionnements traditionnels des groupes privés d’enseignement supérieur semble inéluctable. Cela aura pour effet de redéfinir en profondeur le jeu concurrentiel. A moyen terme, le marché va se scinder en trois grands types d’acteurs. Le premier rassemble les écoles les plus réputées et élitistes dotées d’un modèle reposant sur des hausses de prix significatives pour financer leur développement. La deuxième catégorie regroupe les écoles moyennement connues qui devront choisir entre logique de volume et logique de différenciation. Enfin, de nombreuses écoles adopteront une stratégie low-cost en basculant une grande partie de leur offre vers le 100% en ligne pour viser un marché de masse.

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Alexandre Boulègue est directeur du bureau d’études Xerfi Publishing, qui produit chaque année plus de 1000 études sur la conjoncture et les performances des entreprises de l’ensemble des secteurs de l’économie française. Il est également rédacteur en chef de la lettre d’information mensuelle sur la conjoncture Xerfi Previsis.

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