La fête serait-elle finie sur le marché de l’assurance emprunteur ?
Jusqu’alors, le marché de l’assurance emprunteur n’avait jamais été pris en défaut. Il suffit pour bien comprendre de s’attarder un instant sur l’évolution des primes au cours de la décennie écoulée tant les chiffres sont éloquents. Entre 2010 et 2021, les cotisations ont ainsi bondi de près de 37%, soit un taux de croissance annuel moyen de 3%. Même la crise sanitaire n’a pas enrayé la dynamique. L’année 2022 signe l’entrée dans une période plus compliquée. Marquée par la guerre en Ukraine, c’est aussi l’année où les pressions inflationnistes ont conduit les banques centrales à durcir leur politique monétaire. Cela s’est traduit par une remontée des taux des crédits immobiliers en France alors même que les banques octroyaient moins facilement de prêts à des emprunteurs eux-mêmes plus prudents. L’exercice qui s’achève a également marqué une nouvelle étape dans le processus d’ouverture du marché à la concurrence avec la loi Lemoine. Si la résiliation infra-annuelle et l’amélioration du droit à l’oubli étaient attendues, il en allait tout autrement pour la suppression du questionnaire médical pour les prêts de moins de 200 000 euros. Cette nouveauté devrait sans doute renchérir les tarifs des contrats à court terme. En revanche, le marché de l’assurance emprunteur va devoir composer avec un effet volume moins favorable en 2022 et 2023 (même si celui-ci sera contrebalancé par les stocks de contrats en cours), avant une légère amélioration en 2024.
La loi Lemoine peut-elle rebattre les cartes du jeu concurrentiel ?
Le marché de l’assurance emprunteur est animé par trois grandes familles : porteurs de risques (largement dominé par les bancassureurs), gestionnaires et distributeurs. Le marché se compose également d’assurtech qui font le pari de modèles 100% digitaux et d’expériences clients totalement renouvelées pour s’imposer. Globalement, les résultats des acteurs alternatifs n’ont pas été à la hauteur des attentes. Avec la loi Lemoine, la situation pourrait évoluer. La résiliation infra-annuelle laisse en effet entrevoir une plus grande mobilité des clients, favorables aux opérateurs alternatifs attractifs sur le plan tarifaire. Sauf que la concurrence pourrait baisser d’un cran sur les prêts de moins de 200 000 euros avec la fin de la sélection médicale. Le mouvement ne devrait toutefois pas s’inscrire dans la durée et la compétition reprendre de plus belle sur le segment concerné.
Face à cette nouvelle donne, comment les acteurs vont-ils adapter leurs stratégies ?
La suppression de la sélection médicale sous conditions de la loi Lemoine, synonyme d’une probable montée des risques et donc d’une dégradation de la sinistralité, interroge en effet les stratégies. Cette évolution réglementaire met de fait un terme à une décennie de baisse généralisée des tarifs des contrats d’assurance emprunteur immobilier. Si aucune statistique officielle ne permet d’évaluer le poids des encours concernés sur le marché, l’impact de la loi Lemoine ne sera pas forcément anecdotique. Et force est de constater que les acteurs ne sont pas tous égaux face à cette mesure. Les acteurs dotés de gros volumes d’encours pourront profiter de la mutualisation pour en limiter l’impact, ceux aux portefeuilles de plus petite taille seront confrontés à une situation plus délicate. Les apports des nouvelles technologies sont ici indéniables et jouent en faveur d’une simplification, fluidification et optimisation des expériences clients en allant du changement d’assurance et de la souscription jusqu’à la gestion des sinistres. Dans le même temps, certains assureurs alternatifs, assureurs et courtiers traditionnels mais aussi assurtech poursuivent des stratégies de précision.













