Avis d'expert26 janvier 2024

L’électronique, fer de lance de la relocalisation à la française - 2024

Alexandre Boulègue

Alexandre Boulègue

Directeur des Opérations

L’électronique, fer de lance de la relocalisation à la française

La filière électronique en France est au cœur d'une profonde transformation, portée par des investissements publics massifs et des stratégies de consolidation. La modernisation des infrastructures, l'accent sur la R&D et la formation continue sont au cœur de cette reconquête industrielle.

L'électronique, identifiée comme l'un des huit secteurs d'intérêt stratégique par l'État français, se positionne aux côtés de domaines clés tels que l'aéronautique, l'automobile, le nucléaire, l'agro-alimentaire, la santé, les télécommunications 5G et les intrants essentiels de l'industrie. Cette reconnaissance a conduit à une série d'investissements publics substantiels dans le secteur, avec plus de 1,1 milliard d'euros alloués par l'État et les collectivités territoriales dans le cadre des plans Nano 2018-2022 et France Relance. Cette filière est au cœur des efforts de relocalisation industrielle.

Pour se mesurer à l'Allemagne et favoriser la relocalisation de segments de la chaîne de valeur sur son territoire, la France a engagé, via le plan France 2030, un montant substantiel de 5,5 milliards d'euros en aides publiques pour le secteur électronique. De cette somme, 2,9 milliards d'euros, soit 53% de l'enveloppe totale, sont destinés au financement d'un projet de construction d'usine entre STM et Globalfoundries. En outre, 800 millions d'euros sont réservés au soutien de la recherche et développement (R&D), 50 millions d'euros à la formation, et le reste à subventionner les investissements industriels.

Toujours dans le cadre du plan France 2030, les principaux projets structurants de la filière électronique ont été soumis à la procédure de candidature au PIEEC européen. En juin 2023, le gouvernement français a annoncé que 12 projets français ont été sélectionnés parmi un total de 68 au niveau de l'UE, représentant un investissement global de 7 milliards d'euros. Ces projets vont permettre la création d'une dizaine de nouvelles usines ou de chaînes de production, ainsi que plus de 2 500 emplois directs, marquant une avancée significative dans le renforcement et la relocalisation de l'industrie électronique en France.

Consolider la filière pour faciliter les relocalisations

La relocalisation de la production de systèmes électroniques en France est cruciale pour réduire la dépendance à l'égard de l'Asie. Les sous-traitants EMS (electronic manufacturing services) ont pris des mesures proactives pour améliorer leur compétitivité, notamment en investissant dans la modernisation de leurs sites industriels :

  • La construction d'usines 4.0. s’accélèrent. Elles autorisent une augmentation des cadences de production, permettant de réduire le coût unitaire des produits à défaut de pouvoir rivaliser avec les coûts structurellement plus bas de la main-d’œuvre. Le groupe Lacroix, 1er sous-traitant français, a ainsi inauguré en septembre 2022 sa nouvelle usine Symbiose à Beaupréau-en-Mauges (Maine-et-Loire) ayant nécessité 25 M€ d’investissement. En octobre 2023, le groupe a indiqué que son usine avec remporté 50 nouveaux contrats auprès de clients existants et nouveaux dont une douzaine relèvent de la relocalisation ou la localisation de la production en France. Le groupe ALL Circuits investit de son côté 25 M€ sur la période 2022-2024 pour mettre son usine de Meung-sur-Loire (45) à la norme 4.0 ;

  • Les sous-traitants EMS tricolores cherchent à atteindre une taille critique afin de générer des économies d’échelle. Un des points névralgiques consiste à massifier les achats de matières premières alors que ce poste pèse lourd dans le compte de résultat. Par ailleurs, l’augmentation de la taille permet de capter des commandes volumineuses. L’accroissement de sa taille se fait en grande partie par croissance externe. En parallèle, un mouvement de consolidation est perceptible avec l’affirmation de groupes menant des stratégies de scale-up sous la houlette de fonds d’investissement dans le rôle de chef d’orchestre. Le groupe Alliance Electronic illustre parfaitement la consolidation à l’œuvre du tissu des sous-traitants. Il a racheté coup sur coup 5 sociétés entre septembre 2022 et avril 2023 sous l’impulsion du fonds d’investissement néerlandais Waterland Private Equity qui a pris 60% du capital d’Alliance Electronics début 2022.

Cette consolidation du tissu des sous-traitants, et plus largement de la filière électronique, est un élément clé dans la capacité des acteurs français à relocaliser. C’est d’ailleurs afin de renforcer la consolidation de la filière qu’Ardian Semiconductor, 1er fonds dédié à la filière des semi-conducteurs, a été créé en octobre 2023. On retrouve à la manœuvre le cabinet de conseil Silian Partners et le fonds de private equity Ardian. L’objectif est de lever plus de 1 Md€ afin de racheter des cibles réalisant entre 150 M€ et 2 Md€.

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Notre étude complète pour aller loin

La filière électronique en France : l'ère du renouveau

Pénuries, guerre commerciale, boom de la demande, pressions des donneurs d’ordres : comment s’adapter ?

171 pages
FR
2 200 €HT
Alexandre Boulègue

Alexandre Boulègue

Directeur des Opérations

Directeur du bureau d’études, Alexandre Boulegue pilote depuis plus de quinze ans la production économique et sectorielle du groupe.

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