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Méga-fusions dans la banque : on se trompe de solution

Découvrez l’analyse de Philippe Gattet, directeur d’études Xerfi

Publié le 09 Décembre 2020

https://player.vimeo.com/video/475783525?autoplay=1

Philippe Gattet - Directeur d’études Xerfi




Les banques européennes reprennent les grandes manœuvres malgré la crise : mariage espagnol entre Caixa et Bankia, rachat en Italie d’UBI Banca par Intesa Sanpaolo, fusion de Commerzbank et Deutsche Bank en Allemagne finalement avortée, mise en vente du réseau d’agences HSBC en France, rumeurs autour d’un rapprochement SocGen/BNP Paribas… Ces rapprochements redonneraient du tonus à la rentabilité des fonds propres des établissements qui s’est érodée au fil des ans. Les autorités bancaires, elles, semblent convaincues par les synergies des opérations transfrontalières pour égaler les performances des géants américains. Autrement dit, la taille serait devenue la panacée pour les banques européennes. On se trompe.


On se trompe sur le sens de l’histoire. Car le caractère continental des acteurs bancaires s’est estompé ces 25 dernières années. Citigroup et les banques britanniques ont cédé leurs réseaux de détail paneuropéen. Idem pour Deutsche Bank. En revanche, des groupes régionaux ont émergé : au-delà de la France, BNP Paribas intervient en Belgique, en Italie et en Pologne. Société Générale en Tchéquie et Russie. Crédit Agricole en Italie… Dans certains pays, la vague de consolidation appartient au passé, comme en France où seuls 6 grands réseaux dominent désormais la banque de détail. Et puis le timing pour ces rapprochements n’est pas idéal, car on ne connait pas encore toutes les provisions pour risques que devront passer les banques du fait de la crise.


On se trompe sur le marché pertinent. Le marché bancaire européen n’est pas le marché américain : il reste cloisonné et le marché unique est loin d’être achevé. C’est donc le niveau national qui compte avant tout, d’autant que certains marchés restent peu ouverts à la concurrence étrangère : Espagne, Allemagne, Pays-Bas, Suisse, France… Et puis l’industrie bancaire recèle de nombreux métiers, représentant autant de domaines d’activités différents. De ce fait, une approche par métier voire par produit s’impose pour évaluer la pertinence des opérations capitalistiques entre banques. Par exemple, des fusions autour des métiers de l’asset management font sens et ont réussi par le passé. Dans la banque de financement et d’investissement, c’est une autre histoire : les grandes banques américaines trustent déjà les premières places et les BFI européennes, même fusionnées, seraient bien trop petites pour leur damer le pion. Le passé a aussi montré que la fusion de BFI, notamment en France, menait souvent à l’échec.


On se trompe sur les avantages des méga-fusions. Une union entre géants de la banque s’avère très gourmand en capital et en frais de restructuration qui dépassent largement les synergies recherchées : il faut mettre en cohérence les systèmes d’information, uniformiser les pratiques en matière de conformité ou de gestion des risques… soit des chantiers titanesques. Les banques de détail vont aussi devoir financer la restructuration de leurs réseaux d’agences pour s’adapter aux usages numériques. Les différences de culture compliquent aussi très souvent l’issue d’une fusion. Et que dire des effets d’un mariage entre géants sur le risque systémique alors que certains sont déjà « too big too fail »…


On se trompe sur la nature des opérations bienfaitrices pour les banques. Certaines fusions ont du sens pour réduire les coûts, par exemple lorsque le secteur bancaire est peu concentré comme en Allemagne. Les assauts en direction des pépites comme les fintech se révèlent aussi pertinentes pour mettre sur des actifs clés. Les leviers d’efficacité se trouvent aussi parfois à l’intérieur même des organisations : Société Générale compte ainsi fusionner ses deux réseaux d’agences, Crédit du Nord et Société Générale, pour réduire ses coûts et fermer des agences.


Mais au-delà du bien-fondé des opérations transfrontalières, des fusions nationales ou des restructurations internes, c’est bien l’emploi au sein des banques qui est menacé par tous ces projets alors qu’une grave crise économique éclate…

Collaborateur au sein du groupe Xerfi depuis 2005, Philippe Gattet est directeur d’études Xerfi-Precepta. Il compte parmi ses sujets de prédilection l’énergie, la construction, l’immobilier, les services collectifs ainsi que les services aux entreprises à haute valeur ajoutée. Il est également responsable des vidéos sectorielles et pédagogiques de Xerfi.



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