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AVIS D'EXPERT

L’épisode du coronavirus, une parenthèse dans la dynamique des assurtech

Trois questions à Aurelien Vernet

Publié le 30 Septembre 2020




La crise du Covid-19 remet-elle en cause le développement des assurtech en France ?

Après une année 2019 exceptionnelle en termes de fonds levés (près de 200 millions d’euros et 22 deals selon notre panel), la crise sanitaire et économique assèche déjà les sources de financement de l’écosystème français des assurtech. Dans un contexte incertain, l’attentisme des fonds de capital et des business angels n’y est bien sûr pas étranger. A cette difficulté de financement s’ajoute la problématique de la rentabilité comme l’illustre Alan, la première assurtech tricolore par le montant des fonds levés, qui n’est toujours pas à l’équilibre malgré un chiffre d’affaires de 58 millions d’euros en 2019. Ces deux éléments conjugués risquent de se traduire par un écrémage dans le secteur. Nombre d’assurtech bénéficieront certes des mesures de soutien étatiques aux start-up dans leur ensemble (et notamment du French Tech Bridge géré par Bpifrance). Mais ces fonds seront très probablement utilisés à des fins de gestion de trésorerie plus que dans une logique de développement (efforts de R&D, renforcement des équipes commerciales, etc.). L’écosystème assurtech dans son ensemble dispose toutefois d’une capacité à amortir le choc. La majorité des assurtech étant positionnées sur les services technologiques aux assureurs, l’essentiel de l’écosystème sera protégé. Seule une minorité devrait subir les conséquences les plus importantes de la crise, en particulier les jeunes pousses spécialisées dans l’intermédiation. En réalité, l’épisode du coronavirus, pour brutal qu’il soit, ne devrait constituer qu’une parenthèse dans la dynamique de l’assurtech française. Une parenthèse de 6 à 12 mois marquée par la temporisation des fonds d’investissement quant au démarrage de nouvelles levées de fonds, et par le durcissement de leurs stratégies d’investissement. Ainsi, le scénario le plus probable reste celui d’une activité en berne sur les deuxième et troisième trimestres, avec un redémarrage progressif à partir du quatrième.

 

 

Quelles voies peuvent-elles emprunter pour résister et conserver leur avance ?

Pour résister, les assurtech devront continuer de miser sur les éléments déceptifs des offres traditionnelles. Transparence, instantanéité, compétitivité-prix sont les promesses qu’elles devront honorer grâce au digital, un canal qui a été valorisé dans un contexte de confinement et de télétravail. Pour préserver leur avance sur les assureurs traditionnels, les assurtech devront également proposer à leurs clients des fonctionnalités additionnelles par le biais des nouvelles technologies. L’enrichissement des services pourra aussi se faire par le partenariat avec d’autres start-up, à l’image de l’alliance entre le site d’investissement Moniwan et le site de testament en ligne Testamento. L’ouverture à la concurrence de certains marchés de l’assurance ouvre également des perspectives de croissance. Plusieurs assurtech se sont déjà positionnées sur l’assurance emprunteur depuis l’entrée en vigueur de la loi Bourquin qui permet aux emprunteurs de résilier leur contrat d’assurance de prêt immobilier chaque année. Certaines start-up, comme Active Asset Allocation, spécialisée dans les solutions d’investissement aux institutionnels, ont aussi fait le pari du développement sur des segments de marché a priori délaissés par les acteurs établis. Elles ont clairement opté pour une stratégie d’évitement. Toutefois, cela ne les protège pas de l’arrivée de nouveaux concurrents.

 

Comment est structuré l’écosystème ?

L’univers AssurTech en France s’articule autour de trois grands profils non exclusifs : les nouveaux modèles d’offre, les intermédiaires de nouvelle génération et les prestataires technologiques. Et leurs relations avec les assureurs traditionnels reposent davantage sur des logiques partenariales que concurrentielles. En témoignent les nombreuses prises de participation ou l’accompagnement par des structures spécifiques comme Accélérateur Allianz ou Axa Factory. Seule une poignée s’inscrit dans une véritable démarche disruptive, à l’instar des néoassureurs Alan (présents dans l’assurance santé) et de Seyna (dans l’assurance dommages), qui disposent tous deux d’un agrément de l’ACPR et sont à ce titre des assureurs de plein exercice. Si assurtech et acteurs traditionnels ont clairement établi une relation de coopération, la concurrence entre assurtech est intense sur certains segments particulièrement encombrés, comme le courtage en assurance vie et la gestion de l’épargne individuelle.

Collaborateur de Xerfi depuis 2017 après 4 années passées en audit financier à Paris et au Luxembourg, Aurélien Vernet est aujourd'hui chargé d'études Senior avec une expertise dans les secteurs de l’assurance et de la banque. Aurélien Vernet est titulaire d’un master MSc2 de l’ESSEC Buiness School (Programme Grande École, spécialisation Économie appliquée).



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