Les habitudes alimentaires des Français au moment de la pause déjeuner ont clairement volé en éclat depuis la crise sanitaire. La diffusion du télétravail, l’essor de la livraison, l’inflation et le retour au « fait maison » ont totalement redistribué les cartes du marché de la restauration hors foyer avec des gagnants et, surtout, de nombreux perdants avec un nouveau risque de contraction des ventes. De quoi accentuer la bataille pour les parts d’estomac sur un marché d’environ six milliards de repas par an. Dans ce contexte, les sociétés de restauration collective ont décidé de s’inviter au domicile des télétravailleurs. Pour leur part, les chaînes de restaurants misent sur la livraison et la vente à emporter pour entrer dans les entreprises. Quant aux foodtech, elles poursuivent leur offensive pour s’imposer dans les habitudes des consommateurs.
L’essor du télétravail constitue l’épicentre de l’actuel séisme autour de ces nouvelles tendances alimentaires. Aujourd’hui, plus de 500 millions de repas se sont déplacés vers le domicile des télétravailleurs par rapport à 2019, d’après notre enquête sur le marché de la pause-déjeuner. Et les conséquences sont légion entre la forte désorganisation des sociétés de restauration collective et l’énorme manque à gagner pour la restauration commerciale. Dans ces conditions, le « fait maison » s’est envolé ces deux dernières années, sans aucun retour en arrière. Le « fait maison » représente aujourd’hui près d’un repas sur deux de la pause-déjeuner. Et trois Français sur quatre y ont recours au moins une fois par semaine. C’est dire l’ampleur du phénomène.
La livraison fait tomber les barrières entre les circuits
La crise sanitaire a également favorisé la diffusion de nouvelles pratiques. La livraison de repas est ainsi en train de se normaliser au moment de la pause-déjeuner chez un nombre croissant de Français. Alors que le marché de la pause-déjeuner se déplace vers le domicile et vers le lieu de travail, le recours aux services de livraison et de vente à emporter risque bien de se développer. De quoi bouleverser le concurrentiel. En dissociant le lieu d’achat du lieu de consommation, la livraison et la vente à emporter font en effet peu à peu tomber les barrières entre les circuits et permettent à l’offre disponible de s’affranchir des contraintes physiques du maillage territorial. Sans oublier la montée en puissance des foodtech (dark kitchens, spécialistes de la livraison, cuisines connectées…), susceptible de renforcer un peu plus la pression concurrentielle.
Les acteurs de la restauration hors foyer pourraient également voir déferler une deuxième lame de fond alors que l’inflation et la crise du pouvoir d’achat vont s’accentuer en 2023. Un risque réel si l’on considère que 43% des Français envisagent de recourir davantage au « fait maison » pour optimiser leur pouvoir d’achat.














