Réutilisation des eaux usées traitées : la France en retard
Face aux défis du changement climatique et à la raréfaction des ressources en eau, la réutilisation des eaux usées traitées (REUT) s’impose comme une alternative durable. Pourtant, la France reste en retrait avec un taux de réutilisation inférieur à 1%, bien loin des performances d’Israël ou de l’Espagne. Grâce à des assouplissements réglementaires récents et à la montée en puissance des acteurs publics et privés, l’Hexagone espère rattraper son retard pour atteindre les objectifs qu’il s’est fixés d’ici 2030.
Dans un contexte de changement climatique, l’eau devient de plus en plus précieuse. Face à des besoins en eau croissants, en lien avec la hausse de la population mondiale, la réutilisation des eaux usées traitées s’impose comme une solution d’avenir. Cette filière reste néanmoins très encadrée en raison des risques sanitaires et environnementaux. À l’échelle mondiale, le taux de recyclage de l’eau est estimé à plus de 12%, avec de très fortes disparités entre les pays. Israël, l’un des pionniers en la matière, affiche un taux proche de 90%. Ce taux atteint quasiment 15% en Espagne et près de 10% en Italie. La France accuse, elle, un retard considérable avec un taux de réutilisation des eaux usées traitées inférieur à 1%. Dans le cadre du Plan eau, les pouvoirs publics espèrent atteindre un taux de 10% d’ici 2030.
La France face aux pays pionniers
Part des eaux usées traitées réutilisées : les ordres de grandeur.
France
< 1%
Israël
˜ 90%
Espagne
˜ 15%
Italie
˜ 10%
La REUT freinée par des coûts élevés et une rentabilité incertaine
Malgré les objectifs affichés par les pouvoirs publics et les assouplissements réglementaires pour favoriser les projets, la REUT peine toujours à changer d’échelle en France. Son déploiement se heurte à des contraintes économiques fortes en raison de coûts d’investissement élevés, d’exigences sanitaires strictes et de retours sur investissement parfois difficiles à sécuriser. D’après le Cerema, près de 30% des projets de réutilisation des eaux usées traitées ont ainsi été abandonnés en cours de développement ou arrêtés après quelques années d’exploitation, principalement en raison de coûts trop élevés.
Les acteurs de la gestion de l’eau et les start-up à la manœuvre
Les solutions de réutilisation des eaux usées traitées se font de plus en plus nombreuses et les technologies s’affinent : élimination des matières organiques par filtration ou décantation lamellaire, désinfection aux UV, etc. Elles sont portées par un tissu de start-up qui planchent sur des offres innovantes. Les acteurs historiques de la gestion de l’eau sont aussi à la manœuvre. Veolia a par exemple conçu des « REUT Box », c’est-à-dire des mini-centrales permettant de traiter une nouvelle fois l’eau qui sort des stations d’épuration pour obtenir une qualité suffisante pour l’irrigation agricole, le nettoyage urbain ou encore l’arrosage d’espaces verts. Saur a quant à elle développé une solution de réutilisation des eaux usées traitées pour des usages agricoles et urbains, tout comme Suez. Ce dernier travaille également à Béziers sur des technologies de traitement avancé des eaux usées. La recharge maîtrisée des aquifères (RMA), qui consiste à réalimenter les nappes phréatiques, constitue une autre voie de valorisation. De tels projets utilisant des eaux usées traitées ont déjà été mis en œuvre par Suez à l’étranger, notamment en Australie.
La réutilisation des eaux usées traitées en France
Les réponses aux principales questions des décideurs sur les usages, les coûts et les acteurs de la REUT en France.












