Quelles sont les véritables perspectives de décarbonation des logisticiens en France ?
La transition écologique n’est plus une option pour les prestataires logistiques opérant en France. Il faut dire que la pression monte entre le déploiement des zones à faibles émissions (ZFE), le décret éco-énergie tertiaire, l’interdiction à venir des motorisations thermiques ou encore l’envolée des prix des carburants. Sans oublier qu’une part croissante des donneurs d’ordre s’est dotée d’une politique RSE ambitieuse. Au programme : verdissement de la flotte pour le transport routier, équipements photovoltaïques pour les entrepôts, cyclologistique pour les livraisons urbaines, etc. Sur les douze principaux prestataires logistiques présents dans l’Hexagone et analysés dans cette étude, dix ont mis en place un plan stratégique de décarbonation à l’horizon 2030. Et ils ne manquent pas d’ambition puisqu’ils visent à réduire de 30% à 40% leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), à l’instar d’ID Logistics ou Geodis. Certains envisagent même la neutralité carbone de leur activité comme par exemple Kuehne + Nagel. Sauf que tout reste à faire ou presque. Le transport de marchandises représente environ 10% des émissions de GES du pays car il s’effectue pour l’essentiel par la route (88%). Si l’achat de véhicules électriques (à batterie ou hydrogène) est le Graal de la décarbonation du transport routier de marchandises, ces technologies ne sont pas encore opérationnelles. La décrue sera donc lente. La décarbonation des entrepôts est, elle, plus avancée. Longtemps négligée, la consommation énergétique des entrepôts offre un potentiel d’amélioration conséquent avec un retour sur investissement assez rapide.
Comment s’organise le paysage concurrentiel de la filière dans l’Hexagone ?
Les grands prestataires logistiques du pays sont principalement des acteurs tricolores ayant un fort ancrage national à l’image de Geodis (SNCF), Gefco (CMA CGM), La Poste ou encore Groupement Astre. Il s’agit surtout d’opérateurs intégrés (TRM, entreposage, messagerie et fret express, freight forwarding). Ces leaders sont concurrencés par les géants internationaux tels que les généralistes Kuehne + Nagel et DB Schenker et les intégrateurs comme Deutsche Post-DHL et UPS. Si le Français STEF s’impose comme le numéro un de la logistique du froid avec 90 entrepôts dans l’Hexagone et une flotte de plus de 2 400 moteurs, CAT et Gefco dominent quant à eux la logistique automobile. Dans la logistique contractuelle, les Français ID Logistics et FM logistic sont les principaux challengers du secteur. De grandes compagnies maritimes, comme CMA CGM, sont montées en puissance ces dernières années dans la logistique contractuelle à coups d’acquisitions.
Quels sont les leviers privilégiés par les acteurs pour sortir gagnants de cette transition écologique ?
Outre les objectifs ambitieux affichés pour 2030, une partie de la profession s’est fixé plusieurs cibles intermédiaires. Assurément, le renouvellement de la flotte est le premier levier des acteurs dotés d’une activité de transport. Ils convertissent alors peu à peu leur parc en investissant dans des véhicules GNL, hybrides, électriques… Ils misent aussi sur les biocarburants, parfois compatible avec une partie du parc en service. Les opérateurs de l’immobilier logistique développent désormais presque systématiquement des entrepôts conçus pour obtenir une, voire plusieurs, certifications environnementales. Les initiatives des 3Pl pour réduire davantage encore l’empreinte des bâtiments sont toutefois légion entre l’intégration de centrales de production d’hydrogène, d’énergies photovoltaïques ou encore de système de gestion technique du bâtiment. Dans la quête de décarbonation, l’optimisation des plans de transport et des taux de chargement est aussi un enjeu important. Le développement de solutions logicielles capables de collecter et traiter une vaste quantité de données pour orienter vers l’option de trajet la plus vertueuse ouvre notamment de solides perspectives pour la profession.














