
AVIS D'EXPERT | Damien Callet | Publié le 10 Mars 2026
Energie et environnementPorté par l’essor du photovoltaïque et la recherche de nouveaux revenus pour les exploitations agricoles, l’agrivoltaïsme affiche une forte croissance en France. Mais après une phase d’expansion rapide, la filière entre dans une période de sélection plus stricte des projets. Renforcement du cadre réglementaire, contraintes agronomiques accrues et incertitudes sur le raccordement au réseau redéfinissent les conditions de développement du marché et interrogent son potentiel économique pour les agriculteurs comme pour les développeurs solaires.
La filière de l’agrivoltaïsme est entrée dans une phase d’expansion rapide. La puissance du parc a quasiment doublé en France entre 2021 et 2025 et le pays compte désormais plus de 200 parcs en activité et près de 2 000 dossiers en cours d’instruction. Introduite par la loi du 10 mars 2023 relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables (APER), la notion d’agrivoltaïsme dispose désormais d’un cadre réglementaire. Même si la filière reste dans l’attente d’arrêtés applicatifs et de précisions supplémentaires, la loi APER et le décret du 8 avril 2024 ont posé plusieurs garde-fous pour encadrer le développement de l’agrivoltaïsme. Le taux de couverture des sols par les panneaux solaires doit par exemple être limité à 40%, tandis que la perte de rendement agricole ne doit pas excéder 10% par rapport à une parcelle témoin.
Près des trois quarts des parcs en service recensés par l’Ademe sont aujourd’hui implantés sur des exploitations d’élevage. Cette prédominance résulte en partie d’un déploiement plus ancien. Historiquement, la filière photovoltaïque faisait déjà appel à des troupeaux ovins pour assurer l’entretien des parcs solaires. Elle s’explique également par des considérations techniques. L’ombrage généré par les panneaux peut être bénéfique pour les animaux et les systèmes sont plus simples à installer, car l’occupation du sol n’est pas contrainte par des exigences de densité de plantation ou de luminosité comme dans certaines cultures.
La répartition géographique du parc agrivoltaïque est proche de celle du photovoltaïque au sol, avec une concentration dans deux régions du sud de la France bénéficiant d’un fort ensoleillement et de disponibilités foncières importantes, à savoir la Nouvelle-Aquitaine et l’Occitanie. Néanmoins, les logiques agricoles propres aux territoires font émerger d’autres zones de développement. Dans le Centre-Est de la France, des départements comme la Saône-et-Loire, la Nièvre et l’Allier accueillent également de grands parcs agrivoltaïques dédiés à l’élevage.
Alors que l’agrivoltaïsme est souvent présenté comme une promesse de complément économique pour les exploitants agricoles et comme un nouveau gisement foncier pour les développeurs solaires, les réalités économiques et réglementaires interrogent sur sa capacité à remplir ces objectifs. Depuis le deuxième semestre 2025, le nombre d’avis rendus par les Missions Régionales d’Autorité Environnementale sur les projets agrivoltaïques s’est d’ailleurs fortement réduit. Ce retournement de tendance résulte de plusieurs facteurs, à la fois conjoncturels et structurels. La loi APER a notamment accru les exigences agronomiques applicables aux projets, conduisant à un recentrage sur les dossiers les plus matures. Par ailleurs, l’instabilité politique et réglementaire a incité certains porteurs de projets à geler des dossiers en cours de développement. Le phénomène souvent décrit comme le « mur du raccordement » constitue également un frein au développement du marché de l’agrivoltaïsme. Les incertitudes concernant les coûts et les délais de raccordement au réseau électrique découragent le dépôt de nouveaux projets.
Le monde agricole reste divisé face à l’essor de l’agrivoltaïsme. La Confédération paysanne, troisième syndicat agricole français, s’y oppose fermement. L’organisation estime notamment que le développement du photovoltaïque dans les champs peut porter atteinte à la vocation nourricière des terres agricoles. Cet argument est en partie repris par certaines chambres d’agriculture, qui redoutent une substitution progressive de l’activité agricole par une logique de rente foncière si aucun dispositif correctif n’est mis en place. À l’inverse, la FNSEA adopte une position plus nuancée. Le premier syndicat agricole en France considère l’agrivoltaïsme comme un levier potentiel de diversification et de résilience économique pour les exploitations. Cette position reste toutefois conditionnée au maintien d’une production agricole significative et à l’existence de critères agronomiques stricts encadrant le développement des projets agrivoltaïques.
Qu’est-ce que l’agrivoltaïsme ?
L’agrivoltaïsme désigne un système combinant production agricole et production d’électricité photovoltaïque sur une même parcelle. Les installations sont conçues pour maintenir une activité agricole significative tout en produisant de l’énergie solaire.
Quelle est la taille du marché de l’agrivoltaïsme en France ?
La filière connaît une forte croissance. La puissance du parc agrivoltaïque français a quasiment doublé entre 2021 et 2025 et plus de 200 parcs sont aujourd’hui en activité.
Quelle réglementation encadre l’agrivoltaïsme en France ?
Le développement de l’agrivoltaïsme est encadré par la loi APER de 2023 et par le décret du 8 avril 2024. Ces textes fixent notamment des limites au taux de couverture des sols et à la perte de rendement agricole.
Pourquoi certains projets agrivoltaïques sont ralentis ?
Plusieurs facteurs freinent le développement du secteur, notamment le renforcement des exigences agronomiques, les incertitudes réglementaires et les difficultés liées au raccordement des installations au réseau électrique.
L’agrivoltaïsme est-il soutenu par le monde agricole ?
Les positions sont contrastées. Certaines organisations agricoles s’opposent au développement de ces installations, tandis que d’autres y voient un levier potentiel de diversification des revenus des exploitations.
Les stratégies pour préserver la croissance face au recul du soutien public et aux contraintes du réseau
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Damien Callet analyse depuis plusieurs années les transformations des marchés
de l’énergie, de la santé et de nombreuses filières industrielles confrontées
aux enjeux de transition technologique et environnementale. Il intervient plus
particulièrement sur les marchés liés à l’efficacité énergétique, aux énergies
renouvelables, aux équipements thermiques, au traitement de l’eau et de l’air,
ainsi qu’aux industries de santé, de biologie et de diagnostic.
Ses travaux combinent analyses sectorielles
approfondies, études de marché, exercices de prospective et évaluations des
dynamiques concurrentielles. Il mobilise des approches quantitatives rigoureuses
- sizing de marché, analyse des données économiques et financières,
modélisation de scénarios - pour éclairer les décisions d’investissement, de
positionnement ou de développement des acteurs industriels, énergétiques et de
santé. Il intervient également sur des études sur mesure, en accompagnant
entreprises, fédérations et acteurs publics dans l’analyse de leurs marchés,
l’évaluation des impacts réglementaires ou la structuration de feuilles de
route stratégiques.
En interne, Damien Callet contribue à la réflexion
stratégique sur les dynamiques industrielles de long terme et participe à
l’encadrement méthodologique des analystes juniors. Titulaire d’un master en
management des PME et ETI et d’une licence AES, il développe une approche
analytique pragmatique, attentive aux contraintes économiques, industrielles et
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