
AVIS D'EXPERT | Pierre Bonnet | Publié le 13 Avril 2026
Énergie et environnementRedevenu central dans la stratégie énergétique de la France, le nucléaire s’apprête à connaître une phase d’accélération sans précédent depuis la deuxième moitié du XXe siècle. À l’horizon 2030-2035, la filière française connaîtra une juxtaposition inédite de chantiers majeurs : construction des EPR2, travaux de modernisation et d’allongement de la durée de vie des centrales, renforcement des capacités de retraitement des combustibles usés, etc. À ces projets s’ajouteront les investissements sur les petits réacteurs modulaires de troisième et de quatrième génération. Le nucléaire étant une industrie de temps long, la filière française doit dès à présent se positionner sur des technologies encore émergentes qui façonneront pourtant le nucléaire du futur. Les SMR (Small Modular Reactors) et AMR (Advanced Modular Reactors) promettent la production d’une énergie décarbonée (électricité ou chaleur) à bas coût comparé aux centrales traditionnelles.
Entièrement concentrée sur la réussite de la prolongation d’exploitation du parc, l’achèvement des EPR et la mise au point des EPR2, la filière française s’est longtemps désintéressée des réacteurs innovants. Les acteurs historiques du nucléaire français ont tout de même mis au point un SMR (Small Modular Reactor) basé sur des technologies de 3e génération baptisé Nuward. Ce projet a cependant connu d’importantes déconvenues et a été revu en profondeur en 2025. Outre Nuward, une dizaine de projets sont en développement. Ils incluent des réacteurs de 3e génération, comme Calogena, et des concepts innovants de 4e génération, tels que ceux de Newcleo et Thorizon. À date, deux start-up, Jimmy Energy, et plus récemment Stellaria, ont sollicité une demande d’autorisation de construction (DAC) à l’autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR).
Les premiers déploiements industriels prévus d’ici 2040 restent cependant incertains. La filière française des SMR-AMR se heurte en effet à d’importants obstacles financiers et à une compétition internationale exacerbée. Les États-Unis disposent notamment d’une nette longueur d’avance, tant en termes de projets lancés que de nombre de sociétés spécialisées. Il faut dire que plusieurs start-up (Holtec, TerraPower, X-Energy, etc.) y bénéficient d’un soutien public et privé massif chiffré à plus de 9 Md€ depuis 2019.
Pour tenter de se relancer dans la course aux réacteurs innovants, la France a certes développé un programme d’investissement via France 2030. Le premier appel à projets « Réacteurs nucléaires innovants » a permis de désigner 11 projets lauréats soutenus à hauteur de près de 130 M€ en 2023 et 2024. Plusieurs levées de fonds ont par ailleurs été réalisées ces derniers mois par des acteurs français dont 25 M€ pour Hexana, 2,5 M€ pour Otrera, 23 M€ pour Stellaria, etc. Ce dynamisme masque en réalité les importantes difficultés financières auxquelles sont confrontés une grande partie des acteurs afin d’assurer l’industrialisation de leurs solutions. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) estime en effet qu’un prototype nécessite environ 1 Md€ de financement, un seuil que les investisseurs privés européens ne semblent pas en mesure d’atteindre seuls. La défaillance récente de Naarea et les tensions de trésorerie rencontrées par Newcleo renforcent le constat d’une jeune filière encore trop fragmentée pour atteindre l’industrialisation et de business plans de start-up souvent peu réalistes.
Que sont les SMR et AMR dans le nucléaire ?
Les SMR (Small Modular Reactors) et AMR (Advanced Modular Reactors) sont des réacteurs nucléaires de petite taille, conçus pour être plus flexibles, plus rapides à construire et moins coûteux que les centrales traditionnelles. Ils permettent de produire une énergie décarbonée, sous forme d’électricité ou de chaleur, et constituent une nouvelle génération de technologies nucléaires.
Pourquoi les SMR et AMR sont-ils stratégiques pour le nucléaire ?
Les SMR et AMR répondent aux nouveaux besoins énergétiques : décarbonation, production locale, flexibilité des usages industriels. Ils s’inscrivent dans les stratégies de transition énergétique et pourraient compléter les grands réacteurs comme les EPR, en adressant des marchés plus diffus ou des applications spécifiques (industrie, hydrogène, chaleur).
Pourquoi la France est-elle en retard sur les SMR et AMR ?
La filière française s’est longtemps concentrée sur la prolongation du parc existant et le développement des EPR, retardant son positionnement sur les réacteurs innovants. Malgré des projets comme Nuward et l’émergence de start-up, la France accuse un retard face aux États-Unis, où les investissements publics et privés sont beaucoup plus massifs.
Quels sont les principaux freins au développement du marché des SMR-AMR ?
Le principal obstacle est financier : le développement d’un prototype nécessite environ 1 milliard d’euros, un niveau difficile à atteindre pour les start-up. S’ajoutent une filière encore fragmentée, des modèles économiques incertains et des défis industriels liés à l’industrialisation de ces technologies.
Quelles sont les perspectives du marché des SMR et AMR d’ici 2040 ?
Malgré les difficultés, le marché des SMR-AMR présente un fort potentiel à long terme. Les investissements publics, notamment via le plan France 2030, et les levées de fonds récentes témoignent d’un regain d’intérêt. Toutefois, les premiers déploiements industriels restent incertains avant 2040, dans un contexte de concurrence internationale intense.
Réussir l’exécution industrielle d’un cycle d’investissements sans précédent
Recevez par email toute l’actualité liée au secteur :
Les données collectées serviront uniquement pour vous envoyer les lettres d'information. Vous pouvez à tout moment utiliser le lien de désabonnement intégré dans chaque envoi. En savoir plus dans notre politique de confidentialité.

Pierre Bonnet intervient sur les thématiques liées à
l’environnement, à l’énergie et aux transformations industrielles. Diplômé de
Sciences Po Bordeaux et titulaire d’un master en sciences politiques de l’Universidad
Autónoma de Madrid, son parcours lui
apporte une lecture structurée des marchés, attentive aux arbitrages publics,
aux cadres réglementaires et à leurs effets économiques.
Ses travaux
portent notamment sur les énergies renouvelables, les réseaux et les fournisseurs
d’énergie, le biogaz, le nucléaire, la gestion des déchets, le traitement de
l’eau et de l’air, ainsi que l’intégration croissante des technologies
numériques et de l’intelligence artificielle dans ces filières. Il analyse les
dynamiques de demande, les stratégies des acteurs, les évolutions
réglementaires et les perspectives d’investissement dans des secteurs marqués
par de forts enjeux de transition et de souveraineté.
Au sein du bureau d’études, Pierre Bonnet contribue à la veille sectorielle et réglementaire ainsi qu’à la production d’analyses prospectives destinées à aider les décideurs à anticiper les évolutions de marché et à structurer leurs choix stratégiques.
À lire aussi
INFORMATION
xL’étude Xerfi Previsis vous a été transmise par courriel. Cliquez sur le lien disponible dans cet email pour accéder gratuitement à la parution du mois.
Notre équipe met tout en oeuvre pour vous répondre dans les plus brefs délais.
L’ÉTUDE A ÉTÉ AJOUTÉE A VOTRE PANIER
POURQUOI UN COOKIE ?Continuer sans accepter >
Le groupe XERFI utilise et stocke des informations non sensibles obtenues par le dépôt de cookies ou technologie équivalente sur votre appareil. L’utilisation de ces données nous permet de mesurer notre audience et de vous proposer des fonctionnalités et des contenus personnalisés. Nous souhaitons ainsi nous assurer que nous fournissons l’expérience la plus informative pour nos visiteurs.
Les données stockées par XERFI ne sont en aucun cas partagées avec des partenaires ou revendues à des tiers à des fins publicitaires. Vous pouvez librement donner, refuser ou retirer à tout moment votre consentement en accédant à notre page de gestion des cookies.
PERSONNALISEZ LE STOCKAGE DE VOS DONNÉES
Vous pouvez librement et à tout moment modifier votre consentement en accédant à notre outil de paramétrage des cookies.