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La logistique urbaine en pleine ébullition

AVIS D'EXPERT | Alexandre Boulegue | Publié le 13 Décembre 2021

Transport et logistique



Comment la logistique urbaine s’est adaptée aux nouveaux modes de consommation ?

Au préalable, juste quelques chiffres pour bien comprendre l’ampleur de l’explosion des flux logistiques urbains en France. Le transport de marchandises en ville représente 10% à 20% du trafic, 20% à 25% d’occupation de la voirie ou encore 50% de la congestion des villes et du diesel consommé. Notons également que la logistique urbaine implique de nombreuses parties prenantes et autant de business models. Pour autant, il existe certains points communs comme les problèmes d’accès et de cherté du foncier, les coûts élevés de la main-d’œuvre et les investissements dans les infrastructures, véhicules et technologies. En outre, la logistique urbaine fait cohabiter des processus optimisés ou non. Les modèles des acteurs du colis (La Poste, DHL, GLS...) se caractérisent par des marges faibles, sinon négatives, en raison d’un effet ciseau, et le poids très élevé de la sous-traitance. Les modèles des plateformes de livraison (Stuart, Urb-it...) reposent eux sur l’intermédiation (entre les expéditeurs, les destinataires finaux et les livreurs) et les effets de réseau croisés (plus les utilisateurs d’une face du marché sont nombreux, plus la valeur de la plateforme est élevée pour l’autre face). Sinon, force est de constater que le marché du colis est en pleine forme suite au report des consommateurs vers la vente en ligne, dopant les envois en BtoC, notamment lors des confinements et des fêtes de Noël. Les volumes de colis traités en France (domestique et import) ont ainsi bondi de 12,6% en 2020. Les revenus ont également augmenté de 13% à près de 7,5 milliards d’euros. Nous estimons à 1,8 milliard d’euros le marché du dernier kilomètre (sur la partie colis). Déjà bien enclenchée avant la crise, la dynamique des ventes en ligne se confirmera, le report des consommateurs vers le e-commerce étant désormais ancré dans les comportements d’achat. Dans ce contexte, nous prévoyons une hausse de 8% par an en moyenne des volumes de colis distribués en France (domestique et import) entre 2021 et 2025. Les revenus continueront de progresser en France au rythme de 7% par an en moyenne à l’horizon 2023. Le e-commerce alimentaire a pour sa part particulièrement bénéficié de la crise, en particulier les drives de la grande distribution (pas forcément urbains). Cette dynamique va persister avec le développement de l’offre et une forte demande des consommateurs. En ville, l’essor du quick commerce et les nouveaux services des distributeurs (relais, drives piétons, etc.) vont accroître la part des courses alimentaires en ligne. La messagerie nationale a, elle, subi un repli modéré en raison de la crise en 2020 (-3,5% de chiffre d’affaires de 3,5%) mais sous l’effet de la reprise économique et du rétablissement des principaux marchés clients, en particulier le commerce de gros et de détail, la croissance reprendra avec un rythme annuel moyen de 3% entre 2021 et 2025. Bref, la logistique urbaine est en pleine ébullition.

 

Comment peut évoluer le paysage concurrentiel face à l’explosion des flux ?

Plusieurs scénarios prospectifs peuvent être envisagés. Ils ne sont pas incompatibles entre eux et l’avenir s’inscrit sans doute dans un scénario intermédiaire, combinant des éléments de chacun. Dans le premier, la sphère de la logistique urbaine reste une arène concurrentielle où les acteurs se livrent une bataille acharnée. Dans un contexte réglementaire encore flou, les différents opérateurs avancent alors chacun leurs pions et les partenariats restent plus l’exception que la règle. Il y a régulièrement des nouveaux entrants qui alimentent la compétition. Les modèles basés sur l’externalisation de la main-d’œuvre prospèrent et l’espace public est envahi par des livreurs sous-traitants. Dans le deuxième scénario, une poignée de grandes entreprises technologiques affirment leur domination, imposant leur mainmise sur la gestion des flux de marchandises grâce à des investissements massifs dans les infrastructures et la technologie. Ils s’inscrivent comme des pivots de l’écosystème grâce à un modèle bâti sur l’exploitation des données internes et externes, renforçant au passage l’automatisation dans les entrepôts et pour les livraisons (drones, robots, véhicules autonomes, etc.). Enfin, le troisième scénario prévoit que les métropoles (re)prennent le contrôle des activités logistique sur leur territoire, jouant à la fois le rôle d’initiateur, de facilitateur, de régulateur, voire de financeur. Par le biais de réglementations, de dispositifs incitatifs et d’instances de concertation, elles construisent un cadre dans lesquels les acteurs privés sont amenés à collaborer et à mutualiser autant que possible leurs ressources. Les villes contrôlent l’occupation du foncier (PLU) et les conditions de circulation des véhicules (ZFE, aires de livraison, etc.), obligeant les prestataires à adapter leurs schémas logistiques et leurs moyens.

 

Quelles sont aujourd’hui les stratégies de croissance déployées par les opérateurs ?

Pour rapprocher les marchandises des destinataires, les projets d’espaces logistiques urbains se multiplient. Il peut s’agir de sites à vocation multimodale en entrée de ville, comme le HLU à Lyon prévue en 2023 avec entre autres DPD et Urby Lyon comme occupants. Il peut également s’agir de formats plus petits, comme le micro-hub de Sogaris (Porte de Pantin près de Paris), loué à Ecolotrans, société de livraison écologique du dernier kilomètre. D’autres pistes sont explorées pour le stockage en ville à l’image de Stuart qui essaye entrepôt mobile couplant un utilitaire et des vélos avec remorques électriques K-Ryole. L’essor du ship from store favorise l’apparition de nouveaux modèles. La start-up italienne Everli se déploie en France avec un service combinant livraison collaborative et store picking. Dans l’alimentaire, La Poste joue la carte de l’intégration avec le rachat d’Epicery, une plateforme de livraison des petits commerces, qui renforcera sa collaboration avec Stuart. Les spécialistes de la livraison urbaine misent aussi sur des rachats : Warning+ avec Box2home (biens volumineux) et Top Chrono avec Deliver.ee (plateforme de ship-from-store). Pour enrichir leur offre, les acteurs se focalisent sur la livraison hors domicile. De nouveaux types de relais sont lancés avec des formats XL pour les biens volumineux (Pickup, Smile Pickup) ou à température dirigée pour l’alimentaire (Delipop, Fresh Colis). Les consignes automatiques bénéficient elles aussi de nouvelles initiatives, comme Relais Colis qui prévoit 500 implantations avec Quadient ou Alibaba qui va déployer, via sa filiale Cainiao, 650 lockers en France. Face aux contraintes réglementaires, les investissements dans les modes de livraison à faibles missions s’accélèrent. Enfin, la technologie joue un rôle croissant pour optimiser les opérations avec par exemple les logiciels d’optimisation des tournées (Gefco). Des expérimentations sont également en cours pour les livraisons. La Poste et STEF testent le droïde de TwinsHeel à Montpellier (Hérault). À Troyes (Aube), SprintProject pilote le test d’un véhicule autonome pour de la distribution BtoB avec DPD.

 

POUR APPROFONDIR LE SUJET
Logistique urbaine : perspectives 2030

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Alexandre Boulègue est directeur du bureau d’études Xerfi Publishing, qui produit chaque année plus de 1000 études sur la conjoncture et les performances des entreprises de l’ensemble des secteurs de l’économie française. Il est également rédacteur en chef de la lettre d’information mensuelle sur la conjoncture Xerfi Previsis.

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