Avis d'expert3 juin 2024

L’ESG ou l’intérêt croissant des institutionnels - 2024

Sabine Gräfe

Sabine Gräfe

Directeur Expert

L’ESG ou l’intérêt croissant des institutionnels

L’intérêt des investisseurs institutionnels pour le marché de la finance durable est de plus en plus manifeste. Une aubaine pour les gérants d’actifs et autres gestionnaires de portefeuille alors que les particuliers peinent à sauter le pas des produits d’épargne responsable. La demande des institutionnels est déjà forte et le mouvement ira croissant. La contrainte réglementaire auxquels ils sont soumis n’y est à l’évidence pas étrangère même si d’autres motivations (convictions, risque de réputation, pression des partie-prenantes, etc.), entrent également en jeu.

La moitié environ des institutionnels ont intégré l’expertise et les données ESG (environnement, social, gouvernance) dans leurs décisions de gestion de portefeuille/investissement, selon la dernière enquête ESG (2023) de BNP Paribas au niveau européen. Pour les seuls assureurs, très bien représentés parmi les institutionnels, le rapport Finance durable de France Assureurs précisait lui que 82% des encours gérés par le secteur intégraient une analyse extra-financière autour des critères ESG.

Coup d’accélérateur des initiatives

Globalement, les signes d’un engagement croissant des investisseurs institutionnels  se sont multipliés :

  • Leur association, l’Af2i, s’est dotée d’une commission dédiée qui avait hissé la promotion et le développement de la finance durable au rang d’objectifs majeurs de son plan stratégique 2021-2023. En 2023, l’association lançait en outre un questionnaire unifié ESG multi classes d’actifs. Objectif : faciliter et améliorer la qualité des informations transmises par les sociétés de gestion sur leurs pratiques et leurs politiques ESG ;

  • Les institutionnels s’appuient aussi sur des partenariats pour avancer plus rapidement et efficacement. Douze d’entre eux, emmenés par la Caisse des dépôts, ont lancé un appel d’offres dès 2020. Celui-ci a abouti à la création de trois fonds dédiés au climat et gérés par Amundi, Sycomore et HSBC AM. Cette mutualisation des efforts a, entre autres choses, valeur pédagogique dans le champ de la recherche d’outils de décarbonation des portefeuilles ;

  • Cette logique de mutualisation se joue également à l’international, entre autres au travers des alliances net-zero dont l’une concerne les institutionnels, la net-zero asset owner alliance. Face au lobby anti-ESG aux États-Unis, ces alliances se sont toutefois faites plus discrètes. Certains membres, dont des Français, ont même préféré se retirer. Des retraits qui selon les acteurs concernés ne remettent pas en cause leur implication en matière de financement d’une économie plus durable ;

  • D’autres d’initiatives internationales ont également été lancées à l’exemple du Climate d’Action 100+ lancée en 2017 ou de son corollaire pour la biodiversité, Nature Action 100 lancée en 2023. Ces alliances regroupent de grands investisseurs (institutionnels, gérants, assureurs…), 190 pour la seconde, qui entendent pousser les 100 entreprises sélectionnées pour leur impact sur le climat dans le premier cas, la biodiversité, dans le second, à s’aligner respectivement sur l’accord de Paris et sur celui, plus récent de Kunming-Montréal. Parmi les membres de la dernière alliance figurent une vingtaine d’acteurs français, institutionnels (Caisse des Dépôts, Harmonie Mutuelle, CNP assurances) ou filiales de gestion d’institutionnels (Axa IM, BNP Paribas AM, Ofi Invest AM, Ecofi Investment, etc.).

À l’évidence, cette conversion à l’ESG des investisseurs intentionnels, déjà bien enclenchée, va prendre de l’ampleur. Elle challenge les gérants d’actifs, tout particulièrement dans un contexte récemment marqué pat des opérations de reclassement de fonds, porteuses de confusion. Elle les challenge également, notamment dans le cas de grands institutionnels, parce que ces derniers se sont dotés d’équipes internes dédiées à la finance durable, avec pour objectif d’harmoniser les données utilisées et de partager une même vision prospective.

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Sabine Gräfe

Sabine Gräfe

Directeur Expert

Sabine Gräfe analyse depuis plus de vingt ans le secteur de l’assurance et des services financiers. Son expertise s’est construite au fil de l’observation des transformations des modèles assurantiels et financiers, sous l’effet conjoint des mutations réglementaires, technologiques et comportementales.

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