Les exigences en matière de finance durable, de publication d’informations extra-financières ou de gouvernance durable ne cessent de se durcir et poussent les entreprises à perfectionner leur démarche. De profondes évolutions sont à attendre au cours des prochains trimestres et les opportunités de marché se multiplient pour les acteurs du conseil en développement durable. Flavien Voterro nous éclaire sur ces nouvelles tendances.
En quoi les cabinets de stratégie peuvent aider les entreprises en matière de développement durable et d’engagement social ?
Le conseil en développement durable est en pleine croissance. Les entreprises, autant les grands groupes que les ETI et les PME, prennent en effet conscience de l’importance des enjeux de décarbonation, de qualité de vie au travail (QVT) et d’engagement sociétal. Les dirigeants et les conseils de direction s’interrogent aussi sur leur raison d’être et leur place au sein de la société afin d’assurer leur pérennité à long terme. En permettant d’attirer et de fidéliser les meilleurs talents, de contribuer à l’image de marque tout en anticipant et maîtrisant les risques, la RSE devient aujourd’hui un élément central de la réflexion stratégique. Des obligations réglementaires de plus en plus contraignantes en matière de développement durable obligent aussi les entreprises à passer à l’action. Les pouvoirs publics ont multiplié les textes législatifs pour inciter les organisations à déployer de bonnes pratiques. La loi française prévoit, par exemple, depuis 2017, un devoir de vigilance pour les grands groupes visant à prévenir les risques sociaux, environnementaux et de gouvernance liés à leurs opérations. Les cabinets de conseils en développement durable apportent une véritable expertise technique face à des enjeux complexes et nébuleux.
Au-delà des questions environnementales qui prédominent aujourd’hui, qu’en est-il des enjeux sociaux et sociétaux ?
La période actuelle a été révélatrice de l’importance de la problématique liée au social : la crise des « gilets jaunes », la pandémie et ses conséquences, le creusement des inégalités ou encore la montée des populismes en France ont en effet propulsé le volet social sur le devant de la scène. D’ailleurs une majorité des objectifs de développement durable définis par l’ONU concernent directement ou indirectement le volet social. Mais du chemin reste à parcourir.
Dans le cas des fonds ISR (investissement socialement responsable), ces derniers prennent bien en compte des critères environnementaux, sociaux et de bonne gouvernance (ESG). Mais la finance durable s'est jusqu'à présent concentrée principalement sur les questions environnementales et liées au climat. La prise en compte du volet « Social » de l'ESG soulève en effet un certain nombre de défis à relever, notamment en termes d'accès, d'analyse et de traitement des données pertinentes en raison de la manque de normalisation. L’enjeu est pourtant de taille, notamment en raison de l’intérêt croissant porté par les investisseurs institutionnels, du moins certains d’entre eux, à cette problématique, et à la prise de conscience de l’opinion publique.
À ce titre, la directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) votée en juin 2022 constitue un véritable big bang en matière de reporting extra-financier. La publication d’une « déclaration de performance extra-financière » (DPEF) intégrée au rapport de gestion des grands groupes (soit 12 000 sociétés en Europe) laissera place à un nouveau reporting désormais obligatoire pour les 50 000 plus grandes entreprises européennes. Une harmonisation des engagements sociaux comme l’égalité homme-femme ou l’emploi des personnes handicapés par exemple, permettra enfin de vraiment monitorer les entreprises.














