
AVIS D'EXPERT | Cathy Alegria | Publié le 10 Mars 2026
Banque et financeLongtemps perçues comme une alternative compétitive à l’hôtellerie, les locations de courte durée voient leur expansion ralentir. Le durcissement du cadre réglementaire, notamment avec l’entrée en vigueur de la loi Le Meur, modifie les conditions d’exploitation des meublés touristiques dans les grandes villes. Entre restrictions administratives, exigences énergétiques accrues et évolution du régime fiscal, l’attractivité économique de ces locations s’érode. Ce qui, contribue à atténuer peu à peu la pression concurrentielle exercée sur le secteur hôtelier.
Depuis plusieurs années, les hôteliers font face à une concurrence croissante des locations entre particuliers, largement diffusées via des plateformes comme Airbnb. Ces hébergements séduisent de nombreux voyageurs – y compris professionnels – en raison d’un rapport qualité-prix jugé avantageux, d’une plus grande liberté d’organisation et d’un cadre de vie souvent mieux adapté aux familles. L’offre s’est en particulier développée dans les grandes métropoles, notamment à Paris où l’on compte plus de 45 logements « Airbnb » pour 1 000 habitants. En termes de densité de logements Airbnb, la capitale française se place d’ailleurs au deuxième rang des villes européennes, derrière Lisbonne et devant Venise et Copenhague.
La concurrence exercée par les locations de courte durée devrait s’atténuer toutefois, du fait du durcissement de la réglementation induit par le vote de la loi Le Meur. Depuis son entrée en vigueur en 2025, la location de meublés est soumise à une autorisation préalable de changement d’usage délivrée par la mairie des villes de plus de 200 000 habitants. Or, certaines municipalités refusent d’accorder ces autorisations ou ne renouvellent pas celles validées précédemment. Plusieurs maires ont aussi choisi de limiter à 90 jours par an la durée maximale de mise en location de la résidence principale via une plateforme, comme la loi l’autorise. Après Paris, première ville à appliquer ce plafond, Lyon, Bordeaux et Nice se sont aussi saisies de cette possibilité depuis le 1er janvier 2026. Et d’autres villes devraient suivre pour éviter la « touristification » excessive de certains quartiers.
Depuis la loi Le Meur, la performance énergétique des meublés de tourisme est par ailleurs davantage prise en compte. Dans certaines communes, un diagnostic de performance énergétique (DPE) peut être exigé dans le cadre des démarches, notamment lors d’une demande de changement d’usage. Il est aussi interdit de louer les logements classés énergétiquement G depuis 2025 et cette interdiction va être étendue aux logements F en 2028 et E en 2034. Cela devrait se traduire par une sortie progressive du parc des locations de courte durée de biens non conformes.
Sur le plan fiscal enfin, la loi Le Meur a aussi réduit l’abattement applicable sous le régime micro-BIC pour les revenus tirés des locations meublées touristiques, rendant cette activité moins avantageuse fiscalement.
Pourquoi la concurrence d’Airbnb diminue-t-elle pour les hôtels ?
La concurrence des locations de courte durée tend à s’atténuer avec le durcissement du cadre réglementaire. La loi Le Meur impose davantage de contraintes administratives, fiscales et énergétiques aux propriétaires. Ce qui limite le développement de l’offre de meublés touristiques dans les grandes villes.
Quelles sont les principales mesures de la loi Le Meur sur les locations touristiques ?
La loi Le Meur renforce l’encadrement des meublés touristiques. Dans les villes de plus de 200 000 habitants, une autorisation de changement d’usage est nécessaire pour louer un logement en courte durée. Les municipalités peuvent également limiter à 90 jours par an la location de la résidence principale.
Pourquoi certaines villes limitent-elles les locations Airbnb à 90 jours par an ?
Le plafonnement à 90 jours vise à limiter la concentration de locations touristiques dans certains quartiers. L’objectif est de préserver le parc de logements résidentiels et de contenir les effets de la touristification dans les grandes métropoles.
Quel impact la performance énergétique a-t-elle sur les meublés touristiques ?
La réglementation énergétique réduit peu à peu le parc de logements pouvant être loués en courte durée. Les logements étiquetés G au DPE sont interdits à la location depuis 2025, avec une extension prévue aux logements F en 2028 puis E en 2034.
La fiscalité des locations Airbnb est-elle devenue moins avantageuse ?
La loi Le Meur a réduit l’abattement fiscal du régime micro-BIC pour les revenus issus des locations meublées touristiques. Cette évolution diminue la rentabilité pour les propriétaires et contribue à rendre ce modèle d’investissement moins attractif.
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Collaboratrice de Xerfi depuis 2010, Cathy Alegria, est spécialiste des services de santé et des secteurs
liés au grand âge. Elle analyse les transformations profondes qui traversent
ces filières : évolution des parcours de soins, structuration de l’offre de
soins primaires, développement des prises en charge à domicile, adaptation de
l’offre d’hébergement pour senior et enjeux liés au vieillissement. Ses travaux
portent également sur les acteurs de ces secteurs, des groupes de
l’hospitalisation privée aux généralistes de la dépendance, en passant par les
structures d’aide à domicile, dont elle étudie les dynamiques concurrentielles,
les stratégies de croissance et les modèles économiques.
Diplômée de Sciences Po Lyon et de l’EM Lyon, elle
intervient aussi sur un ensemble plus large de services aux ménages et encadre
de nombreux travaux dans les secteurs du tourisme et des loisirs. Elle
supervise la construction de cartographies concurrentielles, de diagnostics
d’entreprises et de recommandations stratégiques permettant aux dirigeants de
comprendre les évolutions réglementaires, d’anticiper la demande et d’affiner
leurs stratégies de positionnement.
En interne, elle participe à la montée en compétence des analystes en accompagnant le développement méthodologique et sectoriel des équipes. Elle intervient aussi sur Xerfi Canal, où elle présente des vidéos offrant des éclairages pédagogiques et structurés sur les dynamiques économiques, les tendances démographiques et les transformations du monde de l’entreprise.
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