La start-up française Pasqal, l'un des pionniers mondiaux dans le domaine de l'ordinateur quantique, vient de réaliser une levée de fonds de 100 millions d'euros. Un record pour le secteur des technologies quantiques en Europe. Ce montant permettra d’accélérer le développement de son ordinateur quantique à base d'atomes neutres, susceptible d’être utilisé pour des applications industrielles dès 2024.
Des investisseurs déjà convaincus par les promesses des ordinateurs quantiques
Cette opération ne vient que confirmer les enseignements issus de notre analyse sur le marché de l’informatique quantique. Malgré les nombreuses incertitudes sur l’horizon de déploiement des ordinateurs quantiques, force est de constater un emballement des investissements autour de l’informatique quantique depuis deux ans. Les levées de fonds des jeunes pousses du secteur ont plus que quadruplé pour atteindre un total de 900 millions d’euros dans le monde. Des start-up ont même choisi l’introduction en Bourse pour financer leur développement, à l’instar de l’Américain IonQ (636 millions de dollars) et du Canadien D-Wave (1,6 milliard de dollars). Des sommes qui peuvent paraître, dans une certaine mesure, irrationnelles pour des deeptech promettant de générer des revenus en commercialisant des ordinateurs quantiques « incomplets », au mieux à partir de 2026 et dont les principaux coûts sont aujourd’hui les salaires de doctorants.
Plusieurs motifs à cet engouement non dénué de risques
Plusieurs éléments peuvent néanmoins expliquer l’engouement des investisseurs :
- Les frontières semblent atteintes dans l’informatique traditionnelle. La difficulté pour les fabricants de semi-conducteurs de dépasser la loi de Moore (établissant à un doublement du nombre de transistors présents sur une puce de microprocesseur tous les deux ans) montre que l’informatique atteint aujourd’hui un palier. De nouvelles pistes doivent être explorées.
- Des avancées dans les laboratoires. Il est indéniable que d’importantes innovations ont été réalisées ces dernières années. Les scientifiques développent de nouvelles stratégies pour imbriquer toujours plus de qubits. Les expérimentations de modèles mathématiques sur des émulateurs quantiques laissent également entrevoir la capacité de résoudre des problèmes complexes pour l’industrie et la finance.
- Des promesses mirobolantes. Les rapports sur l’impact de l’informatique quantique sur l’économie se sont multipliés ces dernières années. Selon une étude d’août 2021 du BCG, la création de valeur de l’informatique quantique pourrait aller jusqu’à 800 milliards de dollars dans les 15 à 30 prochaines années.
Cet engouement des investisseurs ne doit toutefois pas cacher les risques inhérents à toute technologie expérimentale. Malgré les recherches en cours, les débouchés commerciaux de l’informatique quantique pourraient ainsi manquer à l’appel. À l’instar de l’envol de l’intelligence artificielle, maintes fois annoncé et qui se concrétise seulement depuis deux ou trois ans, le marché pourrait connaître un « hiver quantique » au cours duquel - faute d’avancées concrètes - les investisseurs et les clients se détournent de la technologie, limitant d’autant plus la capacité d’innovation dans le domaine.














