Face aux défis de la transition énergétique, les carburants synthétiques, aussi appelés e-carburants ou e-fuels, apparaissent comme une alternative prometteuse aux biocarburants. Produits à partir d’électricité renouvelable et de CO2 capté, ils permettent de réduire l’empreinte carbone du transport tout en s’intégrant facilement aux infrastructures existantes. Mais leur développement se heurte encore à plusieurs défis, notamment économiques et technologiques.
Les carburants de synthèse regroupent l’ensemble des combustibles bas carbone produits à partir d’électricité décarbonée, souvent couplée à du CO2 capté dans l’atmosphère ou issu de procédés industriels. Contrairement aux biocarburants issus de la biomasse, leur production repose sur des procédés électrochimiques, comme les technologies Power-to-Liquid (PtL), permettant d’obtenir des alternatives aux carburants fossiles. Cette technologie représente une opportunité stratégique pour de nombreuses industries en quête de diversification dans un contexte de décarbonation accélérée.
Une alternative facilement intégrable
L’un des principaux atouts des e-carburants est leur compatibilité avec les moteurs thermiques et les infrastructures existantes. Ils peuvent être mélangés aux carburants conventionnels, ce qui permet une adoption progressive sans nécessiter de modifications majeures des véhicules ou des installations. Cette interopérabilité est un avantage déterminant dans la transition énergétique du transport. De grandes entreprises ont déjà investi massivement dans cette technologie. Porsche, en partenariat avec Siemens Energy, développe un site de production de carburants de synthèse au Chili. De son côté, Maersk a injecté 10 milliards d’euros dans la production de méthanol vert en Espagne, un e-fuel destiné à alimenter le transport maritime bas carbone.
En France, les projets se multiplient mais aucun n’a encore fait l’objet d’une décision finale d’investissement (DFI). Celle-ci reste conditionnée à l’obtention de financements publics et à des garanties sur la demande. Ces conditions sont essentielles pour rassurer les investisseurs sur la rentabilité, les investissements nécessaires étant estimés entre 500 millions et plus d’un milliard d’euros par site. Les projets rassemblent souvent différents acteurs intervenant dans la chaîne de valeur des e-carburants : synthèse chimique, production d’hydrogène vert, et fourniture de CO2. L’un des derniers grands projets annoncés est Green Coast, porté par Lhyfe (spécialiste de l’hydrogène vert) et Elyse Energy (acteur clé des e-fuels). Il prévoit la construction d’un site de production d’e-méthanol destiné au trafic maritime, dans la zone industrialo-portuaire de Saint-Nazaire (44). Le projet a été annoncé en octobre 2024.
S’il y a des avantages, il y a forcément des inconvénients
Cependant, les carburants synthétiques restent confrontés à des obstacles majeurs, à commencer par leur coût élevé. En raison de la quantité d’énergie renouvelable nécessaire à leur fabrication, leur prix de vente est aujourd’hui bien supérieur à celui des carburants fossiles. À titre d’exemple, le e-kérosène peut coûter jusqu’à 6 à 8 fois plus cher que le kérosène conventionnel. La baisse progressive du coût de production d’électricité bas carbone, combinée à des économies d’échelle, pourrait toutefois favoriser une réduction significative des prix à moyen terme. En plus de leur coût, les e-carburants doivent surmonter d’autres défis, notamment liés à leur impact environnemental global. Bien qu’ils réduisent les émissions nettes de CO2, leur combustion génère encore des oxydes d’azote (NOx), des polluants atmosphériques néfastes pour la qualité de l’air. Par ailleurs, leur production repose sur une forte demande en électricité décarbonée, ce qui soulève la question de la disponibilité des ressources énergétiques nécessaires pour un déploiement à grande échelle.














