Avis d'expert2 octobre 2020

« L’impact de la crise est à double tranchant pour le marché français du diagnostic in vitro » - 2020

Trois questions à Nicolas Le Corre
Alexandre Boulègue

Alexandre Boulègue

Directeur des Opérations

« L’impact de la crise est à double tranchant pour le marché français du diagnostic in vitro »

L’essor de la biologie délocalisée va-t-elle redynamiser le marché français du diagnostic in vitro ?

Malgré de puissants moteurs structurels (vieillissement de la population, maladies chroniques…), le marché français du diagnostic in vitro (DIV) tourne au ralenti. Il n’a en effet progressé que de 1% en 2019 à 1,63 milliard d’euros, selon nos estimations. Les fortes pressions tarifaires des laboratoires de biologie médicale, liées à la consolidation de la base de clientèle (laboratoires privés et publics) et les mesures d’économies de l’assurance maladie, expliquent cette hausse modérée. Ces conditions de marché resteront inchangées d’ici 2023. Et le nouvel accord triennal 2020-2022 entre les biologistes et l’assurance maladie prévoit de nouvelles économies sur les actes de biologie médicale. Dans ces conditions, l’évolution du marché du DIV s’inscrira dans une tendance similaire aux années précédentes avec une croissance molle limitée à 1% par an pour s’approcher de la barre de 1,7 milliard à l’horizon 2023, d’après notre scénario. Ces prochaines années, la biologie délocalisée, y compris en ville dans les cabinets médicaux, les maisons de santé et les centres de santé pour les patients qui en auraient besoin, pourrait toutefois constituer un relais de croissance. La loi de financement de la Sécurité sociale 2020 a en effet élargi le cadre de la biologie délocalisée. Il reste toutefois à réviser la nomenclature des actes de biologie médicale (NABM) pour intégrer ces actes point-of-care (POC). De la même façon, le développement des tests de diagnostic rapides et des autotests auprès des professionnels de santé (médecins, pharmaciens…) va dépendre de la levée de freins réglementaires. Par ailleurs, la nouvelle réglementation européenne des dispositifs médicaux de DIV (DMDIV) entrera en vigueur en 2022. Elle renforcera considérablement les obligations de mise sur le marché pesant sur les industriels..

Comment est organisé le marché tricolore ?

La France se distingue de ses voisins à plusieurs égards. L’Hexagone est ainsi l’un des rares pays européens où la biologie médicale privée domine (avec plus de 60% de parts de marché contre environ 45% en Italie ou 35% en Espagne par exemple). Le territoire se caractérise également par un tissu de centres de prélèvements important et par des délais de rendu de résultats très courts. Toutefois, la France adopte peu à peu une logique industrielle, soit celle qui prévaut en Europe. Autrement dit, ses sites sont davantage dédiés aux prélèvements tandis que l’essentiel des analyses est traité au sein d’un plateau technique mutualisé. Sinon, la compétition reste intense en France malgré un marché du DIV très concentré. Les leaders généralistes, bénéficiant d’un effet taille, se heurtent en effet à des acteurs plus spécialisés, misant sur des technologies différenciantes sur un ou plusieurs segments de marché. Les acteurs historiques sont aussi confrontés à des nouveaux entrants (start-up, industriels de secteurs connexes ou concurrents de pays émergents). Sans oublier que l’entrée en vigueur de la directive DMDIV pourrait venir troubler sur le jeu concurrentiel, en fonction de la capacité des acteurs à se mettre plus ou moins rapidement en conformité pour garantir l’accès de leurs produits au marché. Par ailleurs, l’émergence de technologies de substitution, comme par exemple la spectrométrie de masse, constitue une menace pour les opérateurs. Les acteurs français peuvent en tout cas s’enorgueillir de solides positions dans leur domaine de spécialité. Le groupe bioMérieux, figure de proue de l’industrie française du DIV occupe le rang de leader mondial en microbiologie et en applications industrielles. Stago est lui un opérateur de premier plan dans les domaines de l’hémostase et de la thrombose. Pour sa part, Sebia est le premier fournisseur mondial d’équipements et de réactifs pour l’électrophorèse des protéines.

Quels sont les axes de développement privilégiés par les acteurs ?

Si leur modèle économique repose en grande partie sur la vente de réactifs pour les systèmes fermés installés chez les clients, il évolue de plus en plus vers les services avec la généralisation des contrats de prestations globales. Les équipements sont alors mis à disposition ou loués en contrepartie d’autres engagements (fourniture de réactifs, opérations de maintenance…). Nous avons évoqué le potentiel de la biologie délocalisée. Malgré certains freins, le point-of-care attise les convoitises à l’image de Stago qui a créé Stago BioCare, entièrement dédiée à la commercialisation de ses produits de POC en France et en Belgique. A l’international, les groupes investissent en particulier sur le segment porteur de la biologie moléculaire. C’est ainsi que Roche, Qiagen, bioMérieux ou encore Abbott multiplient les lancements de nouveaux automates et menus de tests, sans négliger les partenariats pour se positionner sur ce créneau.

Alexandre Boulègue

Alexandre Boulègue

Directeur des Opérations

Directeur du bureau d’études, Alexandre Boulegue pilote depuis plus de quinze ans la production économique et sectorielle du groupe.

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