Comment les industriels du diagnostic in vitro abordent-ils l’avenir ?
Après deux années exceptionnelles (+32% en 2020 et +25% en 2021), liées à la crise sanitaire, le marché français du diagnostic in vitro (DIV) va céder du terrain. Il va ainsi reculer de 10% en 2022 (par rapport aux 2,7 milliards d’euros engrangés en 2021) puis décrochera de 20% en 2023 avant de renouer avec la croissance au rythme de 2% par an en moyenne en 2024 et 2025. Le marché s’installera alors juste au-dessus de son niveau d’avant crise (près de 2 milliards d’euros), selon nos prévisions fondées sur l’hypothèse d’une absence de forte reprise de la pandémie ces prochaines années. Les dépenses remboursées d’analyses médicales ont atteint le niveau record de 6,6 milliards en 2021, dont 3,5 milliards de surcoûts liés aux tests de dépistage, d’après les estimations de l’assurance maladie. Hors Covid, la demande d’analyses de biologie médicale courantes sera soutenue par des moteurs démographiques (hausse et vieillissement de la population ou encore augmentation de la prévalence des maladies chroniques). L’ancrage durable des dépistages du Covid-19 dans le quotidien des Français continuera par ailleurs à alimenter la demande de tests. Sans oublier de nouvelles vagues de la pandémie avec, à la clé, de potentielles envolées du nombre de tests de dépistage et donc de la demande adressée aux industriels, alors que la septième vague semble se dessiner. Dans ce contexte, le chiffre d’affaires des fabricants de produits de DIV présents en France (panel Xerfi) a signé une nouvelle année de croissance à deux chiffres en 2021 (+10%). Avec le retour à la normale sur le front sanitaire, leur activité cèdera 3% en 2022 puis progressera de 5% par an en moyenne entre 2023 et 2025, d’après nos calculs. Les industriels bénéficieront notamment du dynamisme de la demande en provenance des pays émergents. En résumé, la crise sanitaire a accru le potentiel de croissance du marché du DIV.
Quel a été l’impact de la crise sanitaire sur les acteurs ?
Les grands acteurs du marché tricolore sont clairement sortis renforcés de la crise sanitaire. Les revenus du Français bioMérieux et de l’Américain Bio-Rad ont ainsi bondi en 2020 et 2021 tandis que leur marge opérationnelle s’est sensiblement améliorée. Les deux leaders du marché ont d’ailleurs annoncé des opérations de taille récemment, à l’image du rachat de l’Américain Specific Diagnostics (spécialisé dans les antibiogrammes rapides) par bioMérieux en mai 2022 ou de celui de GenMark Diagnostics par Roche en 2021. Le succès des autotests a également fait émerger une nouvelle génération d’acteurs tricolores. Biosynex, désormais le champion national des tests de dépistage du Covid-19, est entré au capital de la société britannique des tests (diabète, bilan lipidique, analyse d’urine…) BHR Pharmaceuticals alors qu’Eurobio Scientific a lui accueilli le fonds NextStage à hauteur de 45% pour financer son développement. Le marché français du DIV se compose de nombreux opérateurs aux profils variés : des spécialistes mondiaux du DIV, des spécialistes de plus petite taille, des fabricants de dispositifs médicaux, des labos et des conglomérats industriels. Clairement, le marché est trusté par de grands groupes étrangers comme le Suisse Roche. L’Américain Abbott est également bien placé. Fleuron tricolore du DIV, bioMérieux est le numéro un mondial en microbiologie et application industrielle. D’autres acteurs français se distinguent sur des niches à l’instar de Stago (hémostase et thrombose).
Quels sont les leviers de croissance et d’adaptation privilégiés par les acteurs ?
Entre les pressions sur les prix liées à la consolidation de la base de clients, les mesures d’économies sur les dépenses de biologie médicale, la concurrence internationale ou encore la forte hausse de la demande observée depuis le début de la crise sanitaire, les acteurs du secteur sont confrontés à de multiples défis. Dans ce contexte, les leaders du diagnostic in vitro élargissent leur offre de tests. Ils misent également sur l’enrichissement de leur palette de services, en proposant par exemple des solutions d’amélioration de l’efficacité opérationnelle des laboratoires ou d’aide à la décision. Pour accompagner les laboratoires de biologie médicale dans l’automatisation de leur activité, ils lancent de nouveaux appareils robotisés à forte cadence. Ils consentent aussi d’importants efforts en R&D. Enfin, ils investissent pour agrandir et moderniser leur outil de production.














