Avis d'expert24 novembre 2022

La France à la pointe dans la filière des protéines d'insectes - 2022

Matteo Neri

Matteo Neri

Directeur d'études

La France à la pointe dans la filière des protéines d'insectes

Insectes : un marché d’avenir ?

Dans un contexte de forte augmentation de la population mondiale et de hausse massive de la demande en protéines animales, les insectes sont considérés comme une source de protéine d'avenir, que ce soit en alimentation animale ou humaine. Depuis une vingtaine d’années, l’Organisation des Nations-Unies pour l’agriculture et l’alimentation a d’ailleurs pris la tête d’une vaste campagne pour développer leurs consommation d’insectes à l’échelle planétaire. Aujourd’hui, ils se commercialisent entiers (alimentation humaine, alimentation des animaux de rente et de compagnie), mais c’est surtout sous forme de farine que les protéines d’insectes attisent les convoitises. On parle alors de « protéines animales transformées » (PAT). Les insectes comportent en effet de nombreux atouts si l’on en croit les acteurs de la filière :

  • Ils contiennent des protéines de haute qualité, des vitamines et des acides aminés ;
  • Leur taux de conversion est élevé, en outre, l’élevage d’insecte semble émettre moins de gaz à effet de serre et d'ammoniac que l'élevage conventionnel (mais l’impact global en matière d’émissions fait débat), et les besoins en espace et en eau sont considérablement réduits comparé à d’autres filières ;
  • Certains insectes se nourrissent de déchets organiques ce qui permet une meilleure allocation des ressources agricoles et une valorisation des déchets. Cela explique en partie l’intérêt des grands groupes tels que Suez ou Veolia pour la filière ;
  • Leurs déjections riches en azote (frass) sont utilisables pour faire des engrais naturels ;
  • Riches en acide laurique, les huiles d’insecte permettent de remplacer les huiles de soja et ainsi de compléter les rations de certains animaux (volaille notamment).

La France : un poids lourd de la filière insectes

Si plusieurs pays comptent des champions nationaux dans la filière insectes, à l’image des Pays Bas (Protix), de l’Afrique du Sud (Agriprotein) des États-Unis (Enviro Flight), ou du Maroc (Renov Protein), la France occupe une place de premier plan dans le monde. Elle accueille notamment deux prétendants au titre de leader mondial : Ÿnsect, qui a levé 325 M€ depuis 2011 et Innovafeed (environ 450 M€ levés depuis 2016), mais également d’autres acteurs d’envergure internationale à l’image de EAP Group (Agronutris) qui a récolté 100 M€ en 2021. La levée progressive des verrous réglementaires a largement contribué à l’essor de la filière, qui compte désormais plus d’une vingtaine de start-up, pour l’essentiel créée à partir de 2014. Si certaines se sont initialement orientées vers l’alimentation humaine, la plupart se sont tournées vers les applications en alimentation animale : un marché beaucoup plus prometteur et moins incertain en matière de réglementation. Enfin, les acteurs de la filière attirent les investisseurs : les fonds, mais aussi les acteurs de la gestion des déchets à l’image de Veolia et Suez, ou les grandes coopératives agricoles à l’image de Limagrain.

Une filière en voie d’industrialisation

À ce jour, la plupart des acteurs en place sont en phase de R&D ou ont déployé des premiers sites pilotes permettant de produire de petites quantités. Plusieurs initiatives ont favorisé l’émergence de la filière ces dernières années. En 2012, l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) a par exemple lancé un programme de recherche (Desirable) doté de 3 M€ sur quatre ans pour concevoir une bioraffinerie d’insectes. Mais c’est surtout l’autorisation en 2017 des farines d’insectes pour l’alimentation des poissons d’élevage qui a donné le coup d’envoi à l’industrialisation de la filière. Grâce à des levées de fonds record, Ÿnsect et Innovafeed ont réussi à prendre un train d’avance en la matière, et disposent aujourd’hui de fermes géantes opérationnelles en France, mais aussi au Pays-Bas et aux États-Unis. EAP Group est également en passe de finaliser la construction d’un site de production d’ici la fin de l’année 2022. Et tous ont pour projet de dupliquer leur modèle en France, mais aussi aux États-Unis et en Asie, qui constituent les principaux marchés.

Notre étude complète pour aller loin

Le marché des protéines alternatives

Protéines végétales, fermentation, insectes et viande cellulaire : quelles perspectives d’ici 2025 ?

207 pages
FR
2 100 €HT
Matteo Neri

Matteo Neri

Directeur d'études

Matteo Neri analyse les filières alimentaires sur toute la chaîne de valeur. Il combine économie et socio-démographie, pilote la veille agroalimentaire et mène études stratégiques et prospectives.

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